Je vous présente Tania et Ponto.

Voilà quelques mois j’ai fait la découverte d’un cône orange qui aura changé la façon dont je regarde les cônes orange à chaque jour. Peut-être que j’exagère un peu, mais ce que j’ai découvert, c’est l’artiste Tania Mignacca, l’illustratrice derrière les aventures de Ponto, le jeune cône orange qui ne demande qu’à faire son travail. J’ai découvert qu’il n’y a pas seulement qui aime Montréal malgré ces turbulences difficiles des dernières années et comme moi avec ProposMontréal, l’Artiste a décidé de partager ce qu’elle admire de notre ville, en format BD.

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Je ne me rappelle pas vraiment comment je suis tombé sur les aventures du petit Ponto, mais c’était au tout début, je crois que ce n’était qu’à la deuxième planche et j’ai continué à suivre son aventure à chaque mercredi. En voyant cette BD évoluer et voulant partager ce petit trésor, j’ai finalement contacté l’artiste derrière notre cône idéologique attachant pour lui poser quelques questions et qu’elle ne fût pas ma surprise de la générosité de ces réponses. Je partage donc avec vous le petit entretien que j’ai eu avec Tania.

ProposMontréal: Qui est Tania Mignacca que tu peux dévoiler sur le web ?
Tania Mignacca: Depuis mon enfance, je me passionne pour le dessin. Comme plusieurs enfants des années 80 j’ai grandi avec des héros de l’animation japonaise et des jeux vidéos, tels Astroboy, Super Mario et Sailormoon pour en nommer quelques-uns. L’esthétique manga m’a toujours attirée et j’ai appris par moi-même à le dessiner en me pratiquant à recopier les dessins de mes auteurs préférés. J’ai toujours voulu faire de la bande dessinée alors j’ai commencé le Cégep en animation. Je me suis ensuite redirigée en arts plastiques puis en graphisme. J’ai par la suite fait mon baccalauréat en Design Art, un programme multi-disciplinaire à l’université Concordia. C’est aussi à ce moment que je suis déménagée à Montréal. J’ai commencé à faire de la photographie pour garder en souvenir ce que je découvrais lors de mes longues marches. Petit à petit Montréal est devenue l’une de mes inspirations principales que ce soit au niveau des sujets que j’illustrais ou pour créer des textures en mélangeant les médiums.

L'étoile de Montréal par Tania Mignacca
L’étoile de Montréal par Tania Mignacca

PM: Explique nous qui est Ponto ?
Tania: Ponto est un jeune cône orange dont le grand rêve est de venir vivre à Montréal. Il vit avec sa famille sur le bord de l’autoroute 30, mais le jour arrive où il décide de partir vivre son rêve. Avec une vision idéaliste de Montréal, il arrive en ville le coeur rempli d’espoir et veut contribuer à la réparation de nos infrastructures détériorées afin que la métropole retrouve sa gloire d’antan. Cependant, il se rendra vite compte que ce sera plus compliqué que prévu avec la bureaucratie, la corruption et tous les problèmes que notre ville connait présentement. Heureusement que Ponto est doté d’un optimisme légendaire qui l’aidera à passer à travers tout ça.

Au-delà d’être un personnage mignon, Ponto symbolise aussi l’enfant que nous avons à l’intérieur de nous. Celui qui s’émerveille devant tout ce qu’il voit. J’espère que Ponto saura raviver le sentiment d’appartenance des Montréalais envers leur ville.

PM: Le cône orange se veut l’ennemi de plusieurs Montréalais, qu’est ce qui t’a fait penser que tu pourrais le rendre adorable et mignon ?
Tania: Je me souviens d’une discussion avec des amies, où l’on se rappelait combien nous aimions les cônes oranges quand nous étions enfant. Qui n’a pas déjà rêver d’en voler un et de l’apporter à la maison? Une fois adulte on se met à les détester à cause de ce qu’ils symbolisent aujourd’hui. J’ai donc eu l’idée de créer un personnage de cône orange qui serait tellement mignon que personne ne pourrait détester. Au début j’ai utilisé le personnage sur des macarons pour une exposition. Les gens ont tout de suite étés charmés. J’ai constaté que ça éveillait leur sentiment d’appartenance envers Montréal et ça m’a donné le goût de pousser l’idée plus loin en créant une BD.

PM: Ton inspiration est bien évidemment, Montréal, est-ce par Inspiration, par ironie ou par éditorial sur la ville ?
Tania: Je pense que c’est principalement par inspiration. En revenant habiter à Montréal, j’ai redécouvert ma ville que je croyais connaître et depuis elle m’émerveille chaque jour. C’est pourquoi Montréal occupe une place centrale dans ma démarche artistique.

En développant le personnage de Ponto, je me suis aussi inspirée de la tradition japonaise du « Yuru Kyara » Au Japon, chaque ville possède au moins une mascotte qui sert non seulement à promouvoir le tourisme, mais aussi à cultiver le sentiment d’appartenance des habitants. Chaque année, il y a une compétition nationale où la meilleure mascotte est votée par le public. Le vainqueur devient une star dans tout le pays.

Peut-être que si nous avions une telle mascotte, les Montréalais retrouveraient peut-être la bonne humeur. Ponto serait un bon choix car il symbolise l’état actuel de la ville, mais son optimisme nous fait croire à un futur meilleur.

PM: Question mi-sérieuse, mi-comique. Quand tu parles du Yuru Kyara, pourrait-on considérer Youppi! (aussi orange) comme la mascotte de Montréal ?
Tania: Je ne crois pas qu’on puisse le considérer comme un Yuru Kyara parce que selon moi il est trop associé au monde sportif. Surtout que les Canadiens le sortent maintenant que l’hiver. On ne le voit presque plus… En tout cas pour moi il sera toujours la mascotte des Expos de Montréal. Le Yuru Kyara doit représenter l’atmosphère générale de la ville. Par contre, il pourrait peur-être le devenir si il portait un chandail rayé orange et blanc!

PM: D’où prends-tu l’idée pour tes personnages, une famille de cônes, un feu de circulation ou M. Turcot lui-même. Comment décider de prendre un objet inanimé au-dessus d’un autre ?
Tania: Puisque les infrastructures routières sont l’un des principaux thèmes de la BD, j’ai choisi de baser mes personnages sur des objets de signalisation. Comme les cônes orange font maintenant parti de notre quotidien j’ai décidé d’en rire plutôt que de mettre le blâme sur eux. Je tente de montrer leur perspective de la situation s’ils pouvaient parler. C’est facile ensuite de penser à d’autres objets qui subissent le même sort. Par exemple on accuse souvent les feux de circulation d’être mal synchronisés et que dire de l’échangeur Turcot qui tient toujours debout malgré que personne ne semble vouloir s’entendre sur son avenir.

PM: En plus des objets choisis, d’où vient l’idée des noms, M. Martineau, Gérald…. est-ce que ça vise des gens en particulier ?
Tania: Chaque nom à une histoire unique. Parfois je crée le personnage et en regardant son visage ça m’inspire un nom, c’est le cas pour Ginette et Brutus par exemple.

Ponto:
Cela m’a pris du temps à lui trouver un nom. Je cherchais, mais je ne trouvais pas. Un jour mon copain a voulu me demander comment dire « cône » en italien mais il a dit « ponto » au lieu de dire « cône » et c’est sorti: « Comment tu dis « ponto » en italien? » J’ai pas trop compris ce qu’il voulait dire mais j’ai trouvé que Ponto serait un bon nom pour mon personnage.

ponto

Shingo:
Shingo signifie « feu de circulation » en japonais.

Shingo, le feu de circulation
Shingo, le feu de circulation

Gérald:
Je lui ai donné ce nom en honneur de notre ancien maire Gérald Tremblay même s’ils ont tous les deux un caractère bien différent! Pour l’instant c’est le seul qui est inspiré d’une vraie personnalité

Gérald
Gérald

PM: Comment définis-tu ton style de BD ?
Tania: Mon style visuel est principalement influencé par les mangas et le panorama industriel (abandonné de préférence). Dans Ponto le côté industriel est très subtil car j’ai voulu simplifier pour ne pas nuire au côté joyeux de l’histoire et aussi pour ma contrainte de temps pour publier une page par semaine.

Pour ce qui est du scénario, je voulais utiliser un style humoristique, un peu naïf et parfois sarcastique. Au Québec, on est habitué à l’humour noir alors je voulais faire quelque chose de différent et de plus positif.

PM: Écris-tu l’histoire au fur et à mesure, as-tu une idée générale où les aventures de Ponto s’en vont où est-ce déjà tout écrit d’avance.
Tania: En fait j’ai une idée globale de l’histoire, mais je l’écris au fur et à mesure car ça me permet de m’inspirer de ce qui se passe dans l’actualité. Parfois je demande aussi l’avis des lecteurs. Je l’ai fait lorsque Ponto arrive à Montréal. J’ai fait un sondage sur la page Facebook pour savoir quel pont devrait-il emprunter. Mon idée au départ c’était le pont Jacques-Cartier mais les lecteurs ont choisi le pont Victoria. Ça me permet de me mettre au défi en dessinant un sujet que je n’ai pas choisi.

PM: Tu as un des meilleurs produits dérivés que je connaisse, bientôt, je vais acheter un Ponto en peluche c’est certain, mais, est-ce que c’est le public de la BD qui achètent ou les acheteurs qui découvrent la BD ?
Tania: J’ai vendu les premières peluches lors du ComicCon. Je ne m’attendais pas à ce qu’elles soient toutes adoptées aussi rapidement. Les acheteurs étaient soit des fans de la BD ou des gens qui les trouvaient adorables. Je me souviens aussi d’une dame qui en a acheté une pour donner en cadeau à son conjoint car il « trippe » sur les cônes orange.

J’ai aussi reçu plusieurs courriels suite au ComicCon de gens qui sont allés lire la BD et qui maintenant regrettent de ne pas avoir acheté une peluche.

Pluches

PM: Qu’aimes-tu le plus sur Montréal ?
Tania: J’aime la diversité par ses quartiers. Montréal c’est comme un casse-tête de petits mondes ou chaque histoire est unique. J’ai aussi un faible pour son histoire ouvrière. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent de l’époque industrielle, mais je pense que c’est grâce à elle si Montréal a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

PM: Aucun racisme ici, mais habites-tu Montréal ou la Banlieue ?
Tania: Je suis née à Montréal, j’ai grandi en banlieue pour enfin revenir à Montréal. J’habite maintenant à Saint-Henri et je regrette de ne pas y être venue plus tôt pour voir toutes les usines avant qu’elles ne soient détruites ou transformées en condos.

PM: Que penses-tu du visage que les médias locaux peignent de notre belle ville ?
Tania: Malheureusement je pense qu’il y a beaucoup de cynisme. On nous envoie le message que les choses n’avancent pas et ne changeront jamais. Au contraire, je crois qu’ils devraient aller voir dans les quartiers. Beaucoup de citoyens se mobilisent pour des causes qui leur tiennent à coeur mais si on ne vit pas dans le coin, on ne le voit pas.

PM: Trouves-tu difficile d’être positif avec tout ce qui se passe de négatif en ce moment.
Tania: Je trouve cela difficile mais c’est sûr que si on reste négatif, rien ne va changer. Il faut tenter de voir le positif dans ce qu’on a pour se motiver a changer les choses. Par contre, ce qui m’attriste le plus c’est de voir qu’on a détruit une partie importante de notre patrimoine bâti pour faire plaisir à des promoteurs qui voulaient bâtir des tours à condos. Si on se compare à d’autres villes dans le monde, notre histoire est encore très jeune et c’est important de la protéger en gardant des témoins architecturaux significatifs pour les générations futures.

PM: Tu fais le tour des salons de « genre » comme Otakuthon et ComicCon , y trouves-tu un public ouvert à la création local ?
Tania: J’ai fait l’otakuthon les trois premières années et j’ai arrêtée, car ça m’a déçue. Lors de ces événements c’est principalement le « fanart » qui a la cote et comme moi je ne fais que des créations originales, j’ai trouvé ça très difficile.

L’année dernière Jessica Lau, une artiste qui fait des peluches, m’a invité à partager sa table à l’Otakuthon. J’étais un peu sceptique mais j’ai accepté. J’étais encore à mettre au point l’histoire de Ponto alors j’avais que des macarons et des autocollants à vendre et une peluche confectionnée par une amie pour décorer ma table.. À ma grande surprise, les gens ont eu le coup de foudre pour Ponto.

Par la suite j’ai fait plusieurs événements cette année et je suis très satisfaite du résultat. Dernièrement les gens ont commencé à reconnaître Ponto, les lecteurs de la BD le disent à leurs amis de venir me voir et certains viennent même me raconter leurs histoires de cônes oranges. Je profite aussi de ses occasions pour vendre des impressions et des cartes de souhait de mes illustrations inspirées de Montréal. Je pense que le fait que mon art soit très local intéresse beaucoup les gens car ils peuvent s’identifier aux images que je leur propose. Je vois dans leurs expressions et leurs commentaires que ça éveille leur sentiment d’appartenance

PM: Je ne connais pas le monde local du Manga, du Comics ou de la bédé, la preuve, ma dernière BD Québécoise que je me rappelle avoir lu était Red Ketchup dans le temps du magasine Croc (ça trahie mon âge). Est-ce qu’il y a un public pour ce genre d’art qui est intéressé par l’oeuvre local ?
Tania: Il semble y avoir un bon public pour la BD au Québec. Je pense que l’époque de « Une bande dessinée c’est pas de la vraie littérature » est presque révolue. Aujourd’hui on trouve des titres pour tous les âges. Les fanzines et l’auto-édition semble aussi gagner en popularité. Mon expérience au dernier festival de la BD de Montréal m’a montré qu’il y a un public pour la bande dessinée à saveur locale. Par contre, je crois que le milieu manque de publicité. Il y a des organismes comme Front Froid dont je suis membre qui tentent de promouvoir les jeunes auteurs québécois mais il ne semblent pas y avoir beaucoup d’intérêt du côté des médias grand public.

PM: Y a-t-il des plans pour publier Ponto sur un médium traditionnel ?
Tania: Oui, lorsque j’aurai plus des pages, je compte auto-publier une version papier.

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PM: Est-ce possible de gagner sa vie avec l’art à Montréal où l’image de l’Artiste qui crève de faim est plus proche de la réalité ?
Tania: Comme je suis encore à mes débuts je ne peux pas vraiment vous dire pour le moment. J’ai travaillé pendant un certain temps comme graphiste pour une compagnie, mais je n’ai pas aimé l’expérience alors j’ai décidé de faire ce que j’ai toujours voulu faire et de me lancer dans l’illustration. Par contre, il n’y a pas vraiment d’entreprises qui embauchent des illustrateurs donc je n’avais pas d’autre choix que de devenir travailleuse autonome.

En ce moment j’ai un emploi à temps partiel qui m’apporte un revenu mensuel de base et le reste du temps j’ai des contrats d’illustration ou de graphisme. Je ne crève pas de faim mais ça demande certains sacrifices. J’espère pouvoir vivre uniquement de mon art dans un futur proche. Heureusement ma famille, mes amis et mes collègues m’encouragent beaucoup et ça m’aide à persévérer.

PM: Que va-t-il se passer dans les aventures du petit Ponto que tu peux nous dévoiler, un petit scoop pour ProposMontréal.
Tania: Je ne sais pas encore moi-même mais je pense que Ponto pourrait peut-être enfreindre les règles du code de conduite du cône orange pour améliorer le sort de Montréal.

PM: L’autre BD typiquement Montréalaise que je connais est « Hiver Nucléaire » par Caroline Breault, as-tu d’autres suggestions de lecture local qui pourrait inspirer les lecteurs de ProposMontréal ?
Tania: voici quelques BD qui parlent de Montréal que j’aime bien:

Rue de Quartier par Lebeau
C’est un webcomic à saveur politique mettant en vedette nos animaux préférés (pigeons, écureuils…etc)
Ça fait longtemps qu’il n’a pas été mis à jour par contre.

Québec Land par Edouard Bourré-Guilbert, Pauline Bardin et Aude Massot
Une de mes découvertes au dernier festival de la BD de Montréal. Ça raconte l’histoire d’un couple de Français qui viennent s’établir à Montréal. C’est très comique et il y a un nouveau chapitre chaque semaine.

Collectif Montréal-Lyon
Des auteurs Montréalais et Lyonnais nous font découvrir leur ville à travers de courtes BD.
C’est le fun de voir Montréal représentée en différents styles et on voit que les artistes aiment tous un différent aspect de leur ville.

PM: Je veux simplement terminer mon « entrevue » en affirmant que tu sembles être une personne passionné sur notre belle ville mais également, dans la vie en générale. J’espère que je vais pouvoir partager cette engouement avec mes lecteurs qui au moment d’écrire ces lignes, sont probablement moins nombreux que les lecteurs de Ponto.
Tania: Finalement je tiens à te remercier de vouloir publier un billet à propos de Ponto sur ton blogue.

En conclusion, dernièrement, Ponto a reçu un petit coup de main dans sa quête avec des mentions par Marie-France Bazzo sur son émission du matin sur les ondes de la première chaîne et un lien dans le sous-reddit r/Montréal ce qui ne pourra pas nuire à sa popularité. Comme le mentionnais Tania dans l’entrevue, le cône orange n’est-il pas devenu notre mascotte après tout.

Laissez-moi savoir si vous aimez ces entrevues, je commence à y prendre goût et j’aimerais bien en faire plus, offrez-moi vos suggestions et je verrais ce que je peux faire. Je remercie encore l’artiste de m’avoir offert de si bonnes réponses qui ont rendu ma vie beaucoup plus facile.

Allez découvrir les aventures de Ponto et je suis prêt à gager que vous ne pourrez pas vous empêcher de tomber sous son charmes et peut-être ce sera vous qui ne pourrez pas regarder nos cônes qui alignent nos routes et autoroutes de la même façon.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.