Un stade qui aurait changé l’histoire

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Que vous soyez d’accord avec le résultat ou non, Montréal est entré dans la modernité dans les années 60. Juste à mentionner l’Expo, le métro, toutes les autoroutes et la majorité des premiers gratte-ciel de la ville.

C’est aussi le début des grands squares publics comme la Place des Arts et la Place Ville-Marie. Mais voici l’histoire d’un de ces endroits qui aurait complètement changé l’image de la ville avec en plein cœur, un stade 100 000 places.

Tour Montréal-Paris
Maquette de la tour Montréal-Paris
Archives de Montréal, VM94-EX37-003

Pour chaque projet qui a vu le jour, vraisemblablement autant sont morts de leur belle mort. Si la plus populaire de ces idées est sûrement la tour Montréal-Paris. La place de la Confédération est probablement un des plus impressionnants.

André Blouin

La place de la confédération est un plan dessiné par les architectes et urbanistes André Blouin (1933-1996) et Jean Gareau. Blouin, déjà prisé en France pour son travail sous Auguste Perret dans la reconstruction de la ville du Havre, immigre au Québec au début des années 50 et participe rapidement au renouveau de la ville de Montréal.

D’abord professeur d’architecture à l’École des Beaux-Arts de Montréal. On lui doit dès son arrivée la construction du théâtre de la comédie canadienne de Gratien Gélinas (aujourd’hui le TNM) et l’urbanisme de l’élargissement de la rue Dorchester (boul. René-Lévesque.)

Dans sa carrière il sera appelé à la construction de la Place des Nations (en ruine) ainsi que du pavillon de la France (avec Jean Faugeron) durant l’exposition universelle de 1967, l’église Notre-Dame-d’Anjou, l’institut Philippe-Pinel et les bureaux de Loto-Québec au 500 Sherbrooke Ouest.

Force est d’admettre que Blouin, qui plus tard sera rejoint par son fils et divers partenaires, viendra marquer l’image entière de Montréal.

Les intentions

Le 11 juillet 1960, c’est dans une des salles de conférence du Ritz-Carleton que les deux jeunes architectes reçoivent les journalistes et des représentants de la ville. Blouin et Gareau, dans la lancée de la construction de la Place des Arts en cours sur la rue Sainte-Catherine présentent leur propre idée d’espace public,

Le centenaire de la confédération canadienne arrive à grands pas et pour commémorer l’occasion qui semblait plus important à l’époque que maintenant. On propose de grands événements partout au pays et à Montréal, c’est bien sûr l’Expo qui retient l’attention.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

« Ce projet est d’abord né de la volonté de créer à Montréal un centre symbolique, une place à caractère monumental qui pourrait identifier la ville à l’étranger et vous allez remarquer. » Les architectes voient grand.

L’emplacement et l’accès

Le projet présenté par Gareau et Blouin se situe entre la rue Sainte-Catherine et s’étire jusqu’à la rue Saint-Jacques vers le sud et de la rue de Bleury au boulevard Saint-Laurent.

Ils proposent même une voie rapide de 2.4 km qui débutera à l’ouest, au pied de la rue University et à l’est jusqu’à la rue Berri. L’autoroute, généralement surélevée respecte l’esthétique du square Victoria et du carré Viger en passant en tunnel sous ces endroits.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

Il faut ajouter que les instigateurs du projet semblent avoir un talent de devin puisqu’en 1972, on inaugure l’autoroute Ville-Marie. Plus longue, s’étirant de Saint-Henri au Sainte-Marie, on reconnaît tout de même l’idée générale originalement présentée dans le concept de 1960.

Ciel, mon parking!

L’autoroute proposée serait reliée par un accès à la nouvelle place et comme nous sommes en plein âge d’or de l’automobile, l’espace est équipé du nec plus ultra des stationnements bâtis sur trois étages.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

Ces garages de type « Self-parking » comme ils le précisent, peuvent accueillir 10 000 voitures sur un espace de plus de 3 millions de pieds carrés et doteraient le centre de la ville d’un équipement permanent extrêmement utile pour attirer les automobilistes qui viennent autant à la Place des Arts, qu’au stade ou à l’hôtel prévu.

Le stationnement offre aussi une opportunité intéressante pour les travailleurs qui viendront garnir les tours qui commencent à sortir du sol. Comme la toute nouvelle place Ville-Marie et le siège social d’Hydro-Québec en construction, voisin des terrains visés.

Les auteurs de l’étude sont tellement convaincus du bien fait de ces espaces qu’ils promettent des retombés de plus de 10 millions par année.

Le stade

La Place de la Confédération regroupe donc deux conservatoires, un de musique et un pour les arts dramatiques ainsi qu’un hôtel de 1 200 chambres dans une des trois tours prévues pour lui donner un accent vertical. Des bassins d’eau qui pourrait être transformés en patinoire durant l’hiver, des fontaines, des sculptures sur différents niveaux pour donner une échelle extrêmement humaine aux installations de l’espace public.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

Mais sans aucun doute la caractéristique prédominante de toute la présentation est l’ampleur du stade de 100,000 places. Même à l’époque, l’importance de voir une enceinte sportive en plein centre de la ville démontre ses avantages.

Les architectes précisent que l’amphithéâtre ferait grimper les valeurs immobilières à ses abords et que tout le centre de la ville en tirerait plusieurs atouts.

Les spectateurs à la sortie des matchs auraient l’avantage d’un grand choix de restaurants, de cinémas, de théâtres et d’hôtels sur ce qui est à ce moment dans l’histoire de la ville, l’artère commerciale la plus importante du canada.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

Montréal est déjà doté d’un amphithéâtre à usage mixte, le stade de Lorimier est situé plus à l’est, sur la rue Ontario et l’idée de rapprocher le terrain de sports vers le centre semble une option viable.

Aussi en 1960, on aménage un stade de baseball au parc Jarry pour les Royaux qui déménageront finalement à Syracuse dans l’état de New York. Pendant ce temps, les Alouettes eux jouent leurs matchs locaux au stade Percival-Molson de l’université McGill. La construction d’un stade au centre-ville devient alors aussi utile qu’ériger un aréna de la LNH à Québec.

Des Millions

Mais combien en coûterait ce joyau du centre-ville de Montréal me demandez vous?

Les architectes avaient prévu le coup et y iront de cette description des frais. Le Stade pourrait être érigé pour plus ou moins 15M$, l’hôtel pour 12M$, deux gratte-ciel de 30 étages pour 10M$ chacun, les conservatoires pour 5M$ et finalement les voies rapides et les installations pour un total de 95 millions de dollars.

Comme c’était la mode à l’époque, ajoutons à ça quelques millions pour l’expropriation de 1,5 million de pieds carrés en terrains privés. Ajustés pour l’inflation, nous avons l’équivalent d’environ 850 millions de nos jours, ce qui me porte à croire que malgré la renommée importante de nos deux architectes, ils rêvaient un peu en couleurs.

Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961
Plan de la place de la confédération
Architecture, Janvier 1961

Faux départ

J’oubliais, comme on associe toutes ces idées, bâties ou non, à Jean Drapeau, il est important de préciser que le projet de la Place de la Confédération est né sous la mairie de Sarto Fournier, comme quoi ça prenait un type spécial de maire pour mener à terme ces concepts d’envergures.

Rapidement, l’idée née sous Fournier n’a plus aucune traction suite à la réélection Drapeau la même année. Dès 1963, on lorgne les terrains prévus pour la construction d’un complexe important au centre-ville de Montréal pour le regroupement des caisses populaires.

C’est la construction du Complexe Desjardins en 1972 qui viendra planter le dernier clou dans le cercueil de la place publique. Place qui, munie d’un stade de 100 000 sièges, aurait sans aucun doute changé l’histoire de Montréal.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet, Martin n'était même pas né à l'époque de 99% des sujets discutés de ce site. Il aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.