Tag Montréal, 1ère partie.

Aucun mur n'a été vandalisé pour cet article !
Aucun mur n’a été vandalisé pour cet article !

Les premiers printemps où l’on jouait à la tag dont je me rappelle, je devais avoir 5-6 ans aux débuts des années 80, ensuite j’ai vieilli un peu et j’ai découvert les petites filles de ma rue, vers 9-10 ans nous jouions à la tag BBQ dans la ruelle. Aujourd’hui au printemps 2014, presque 35 ans plus tard, je joue encore à la tag, mais à vrai dire, cette fois-ci, j’aime un peu moins ça. Le printemps à Montréal, c’est un peu un couteau à double tranchant, le soleil est un peu plus chaud, la neige est finalement de l’histoire ancienne, les jupes raccourcissent mais l’envers de la médaille est que les rues sont plus sales que jamais, une senteur s’empare de l’air ambiant et on redécouvre les murs de la ville, trop souvent remplis de tags et de graffitis inutiles et assez laid si vous voulez mon opinion.

Ceux qui le font appellent ça de l’art, ceux qui les nettoient appelles ça du profit et ceux qui voient leurs murs taggés appellent ça du vandalisme, mais peut importe de quel côté vous vous retrouvez, le tagging est une partie intégrante de la vie urbaine, Montréal ne faisant pas exception à la règle malheureusement. Avertissement, durant ce billet, je vais utiliser plusieurs termes anglophones puisque c’est la terminologie utilisée par cette communauté, par ignorance, je vais surement inventer quelques nouveaux mots et je risque de froisser quelques plumes si vous n’êtes pas d’accord avec quelques-unes de mes affirmations et pour ça, je m’en excuse. Dernière note, ce billet se veut le premier de deux articles qui seront publiés au cours de la semaine.

Castro, Grams, Bank ou Jazz sont des noms que si vous passez le moindre temps dans le centre-ville, dans Hochelaga ou dans le Sud-Ouest vous connaissez et croisez sur une base régulière, nous avons tous vu leurs throw-ups, leurs signatures, sur les murs. Ces artistes, parce que selon moi, ce sont des artistes à leur façon, prennent souvent possession de canevas de briques difficiles à rejoindre pour marquer leur passage, leurs exploits d’avoir atteint des endroits vu de tous, mais rarement visité. Il s’agit de marcher la tête un peu dans les nuages, en regardant vers le haut de nos édifices Montréalais pour voir qu’ils se retrouvent partout. Les « writters » ont plusieurs raisons pour faire ce qu’ils font, que ce soit des revendications sociales, un simple besoin de vandalisme ou pour des expirations artistique, une chose est certaine, ils ne restent plus indifférents.

Throw-up en hauteur, Rue St-Denis
Throw-up en hauteur, Rue St-Denis

Il existe plusieurs types de graffiti, mais nous allons nous attarder aux quatre plus populaires. Le tag, cette signature souvent ne présentant qu’un nom de celui l’a fait, le throw-up lui se veut une signature en grosses lettres redessinées typiques très reconnu de la faune urbaine, vous avez le pochoir ou le stencil et finalement la murale ou le « piece » qui se veut un mélange de plusieurs genre, habituellement de haute qualité avec un travail intensif. Pour les connaisseurs, je suis bien au courant que je vulgarise pour le besoin de ce billet.

En commençant mes recherches, j’arrivais avec l’intention d’écrire ces lignes tout frustré contre ces vandales qui prennent les murs de ma résidence comme canevas. En posant des questions sur des sites comme Reddit les réponses étaient assez unanimes. Allez sur vos propres murs, je travaille fort pour me payer ce condo, bourgeois ou non comme mentalité, c’est quand même à la sueur de mon front que je me paye cet endroit où j’habite et j’aimerais bien le garder propre. L’expression anglaise est parfaite pour ce genre de situation « that’s why we can’t have nice things ». Mais voilà, j’ai découvert qu’il y a de grandes différences entre les taggeurs et les graffiteurs. Les médias et la population en général ont tendance à mélanger les deux et tout mettre dans le même groupe. Les taggeurs ne sont que des vandales, qui ne mérite que de se faire prendre dans l’acte, qu’on leur donne une amende sérieuse et qu’on les force à enlever eux-même ce qu’ils ont fait. La plupart des taggeurs ne sont même pas respecté dans la communauté elle-même. Malgré que plusieurs « writters » ont commencés dans « l’industrie » en étant que de vulgaire taggeurs, ceux qui avaient du respect envers leur environnement se sont vu offrir plus d’espace de mur et plus de respect de leur pair, cela est vrai peux importe le type de communauté que vous voulez intégrer, de la police à l’union des artistes ou le monde du graffiti, le respect vous mènera loin.

Fresque rue Ontario Est.
Fresque rue Ontario Est.

Il y a bien sûr quelques solutions pour empêcher la prolifération des tags sur votre édifice. Le premier qui me vient en tête et qui est suggéré dans les grandes villes comme Montréal sont les murs végétaux, les îlots de chaleur étant un gros sujet de conversation, l’arrivée d’un peu de verdure sur les murs ne peuvent certainement pas nuire. Assurez-vous également que les murs problématiques soient bien éclairées, le prix de la facture d’électricité sera beaucoup moindre que la facture de nettoyeurs professionnels. Il est également suggéré d’effacer ou de repeindre le plus rapidement possible les graffitis non voulus qui peuvent être apparue sur vos murs, le rôle du tag est de se faire un nom, se faire connaitre, le plus rapidement vous agissez, le moins ce « writter » sera reconnu, les créateurs verront qu’il est donc inutile d’utiliser vos briques et irons voir ailleurs, c’est une façon de les décourager, sauf que c’est probablement la solution la plus agaçante.

Une des bonnes solutions que j’ai rencontré est celle vue sur un édifice au coin des rues De La Vérendrye et Galt dans le quartier du Sud-Ouest. Ce building tout au cours de ma jeunesse était un lave-auto et les graffitis étaient presque part entière de son look, le quartier étant également très reconnu pour la quantité importante de tags et de « throw-ups ». Mais depuis les rénovations, les propriétaires ont ajouté un type de grillage qui donne un look respectable à l’édifice et malgré sa position alléchante pour les vandales, les murs sont restés vierges de peinture abstraite. Il est tout simplement impossible avec la texture de la grille, de pouvoir y mettre sa signature. Je suis très surpris de ne pas voir cette façon de faire sur une base plus régulière.

Mais, la meilleure façon d’empêcher de voir votre édifice vandalisé c’est d’y mettre une murale, les fresques sont de plus en plus populaires à Montréal et augmente énormément la beauté de la ville de plus, elle éloigne les artistes en devenir et voici pourquoi. Il y a des règles à suivre pour les graffiteurs, une des plus importantes est de ne jamais détruire une oeuvre supérieure à la sienne, le « tag » est donc inférieur au « throw-up », qui lui est inférieur au « burner » (une pièce qui « brûle » le mur et reste illégale). Finalement, le « burner » est inférieur à la fresque, au « piece », qui lui est l’ultime reconnaissance au sein de la communauté. Si vous taggez une oeuvre supérieure dans la hiérarchie à la vôtre, vous êtes alors étiquetez comme un « toy », un jouet, une atteinte direct à votre ego d’artiste et il sera difficile pour vous d’intégrer un « crew ». Justement en parlant de « crew », le graffiti est souvent associé aux gangs de rues mais c’est plutôt rare, les groupes, appelé « crews », ne sont rien d’autre qu’un groupe d’amis qui se respectent et qui peuvent travailler ensemble de temps à autres. À l’exception du vandalisme tel qu’on le connait, un « crew » n’entre jamais dans la violence.

Du vandalsime ou de l'art ?
Du vandalsime ou de l’art ?

Le tag n’est pas de l’art, peut importe la façon vous le regardez, c’est du vandalisme et un manque de respect pour les Montréalais au plus haut degré. Malheureusement ce sont souvent les mêmes qui font partie de groupes anarchistes qui trouvent que l’on paye trop de taxes, mais qui ne réalise pas qu’une partie de ces taxes servent à payer les cols bleus pour effacer leur horribles signatures au lieu de revenir comme service au citoyen.

Il existe par contre à Montréal quelques endroits où la ville à mise à la disposition de ces artistes de rue des murs entièrement légaux où ils peuvent se pratiquer, faire leur oeuvres, les prendre en photo et garnir leur portfolio. Quelques exemples les plus populaires sont à Lachine sur le mur antibruit au bout de la 18e avenue, le Tunnel de Rouen dans Hochelaga où à chaque jour vous retrouverez de nouveaux « burners » et les murs du centre sportif dans la Pointe-Saint-Charles. Ces murs sont acceptés par les arrondissements, ils en existent d’autres, mais leur légalité est acceptée, mais pas toujours officielle.

recouvrement par un graffiteurs sous le tunnel De Rouen.
recouvrement par un graffiteurs sous le tunnel De Rouen.

Du côté de la ville, bien il font de leur mieux au point où la gestion de l’acte est parfois boiteuse puisque chaque arrondissement peut avoir des politiques différentes, il en relève donc aux citoyens de faire leur part. Par exemple, dans certain arrondissements, il est la responsabilité des propriétaires de s’assurer que leur bâtiments soit exempte de graffiti, c’est donc le vandalisé qui est puni. Mais plusieurs offre un service d’enlèvement des graffitis auprès des propriétaires privés. Il en revient donc à tous et chacun de faire sa part pour empêcher le tag de devenir une partie intégrante de la trame urbaine de votre quartier.

Dans notre prochain billet, nous parlerons de cet art de la rue, « le Street art » qu’est le graffiti et quel en sont les avantages.

graffiti

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.