Sarah Maxwell et les Tisserandes

Dans les nouvelles toponymiques d’aujourd’hui, on se retrouve dans l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve qui annonçait aujourd’hui la nouvelle dénomination du parc Dézéry-La Fontaine qui portera dorénavant le nom de parc Sarah Maxwell et ils ont inauguré au cours de la fin de semaine la nouvelle place des Tisserandes.

Parc Sarah-Maxwell

Premièrement, je me suis demandé qui était Dézéry La Fontaine, j’ai cherché dans Google, sur les sites de ressources toponymiques du Québec et de la ville. Rien aucune trace de ce Dézéry La Fontaine. Finalement après avoir perdu dix minutes à chercher, j’ai découvert que le parc porte ce nom pour la seule et unique raison qu’il se trouve au carrefour des rues Dézéry et La Fontaine dans Hochelaga. Je ne m’attarderais donc pas sur le nom du parc.

Parc Sarah Maxwell
Inauguration Parc Sarah-Maxwell, 11 septembre 2017.
Photo: Arrondissement MHM.

Sarah Maxwell (1875-1907) était une jeune institutrice et directrice de l’école de langue anglaise Hochelaga School qui se trouvait au coin des rues Adam et Préfontaine. Inaugurée en 1890, la petite école de 170 élèves, pour la plupart protestants de classe ouvrière, avait un personnel de quatre enseignantes séparées dans quatre salles de cours.

Le 26 février 1907, de la fumée est détectée à l’étage principal par un jeune étudiant de 13 ans. L’établissement en piètre état n’était muni ni d’alarme à incendie ni de sorties de secours, croyant que ce n’était qu’un problème de fournaise au charbon, les élèves plus âgés furent renvoyés à la maison à cause de la fumée. Au même moment, les plus jeunes élèves à l’étage supérieur n’eurent pas connaissance de ce qui se passait sous leurs pieds et les classes ne furent pas interrompues avant que la fumée atteigne leur étage, plusieurs minutes plus tard.

Incendie Sarah Maxwell
Carte postale de l’incendie, 1907.
Photo: BAnQ

En pleine évacuation, Sarah Maxwell accompagnée d’une autre enseignante remonta les escaliers pour aider à faire sortir les élèves de leurs salles de cours pour les placer en sécurité. Elles réussissent à faire sortir des étudiants, traversant les murs de fumées un à un ou en les passant par les fenêtres aux pompiers qui viennent d’arriver sur les lieux. C’est à ce moment durant l’intervention qu’on entendit une déflagration importante à l’intérieur de l’immeuble et Sarah ne ressortira plus, enfant dans les bras, comme elle l’avait fait quelques fois auparavant. L’incendie fut finalement contrôlé, quelques heures plus tard, on découvrit le corps de Mme Maxwell entouré de 16 enfants, sept garçons et six fillettes âgés de trois à sept ans.

Funeraille enfants
Funéraille des enfants décédés.

En 1908, une école fut reconstruite au même endroit et nommée «Sarah Maxwell Memorial School» en l’honneur de l’héroïne qui, avec son courage, sa détermination et son instinct sauva plusieurs enfants d’une mort certaine. En 1951, l’école est renommée au nom de Melvina-Marchand et sera finalement démolie en 1985. Depuis, à l’exception d’une murale en mauvais état, le nom de Maxwell relativement oublié refait surface de temps à autre, cherchant une façon d’honorer son histoire, elle sera finalement immortalisée dans ce parc juste au nord d’où Sarah laissa sa vie pour en sauver tant d’autres.

Place des Tisserandes

La nouvelle place publique face à l’église Nativité-de-la-Sainte-Vierge-d’Hochelaga située sur la rue Ontario a été inaugurée ce week-end se veut un legs pour les célébrations du 150e anniversaire de la paroisse. En miroir à la place Simon-Valois qui a redonné une certaine lettre de noblesse au quartier ouvrier, la place des Tisserandes viendra animer le côté ouest de la Promenade Ontario.

Place des Tisserandes
Photo: Arrondissement MHM

L’industrie du coton est une des premières à se développer lors de la période d’industrialisation de Montréal à partir des années 1850. La municipalité d’Hochelaga compte notamment les filatures Hudon et Sainte-Anne. Vers la fin des années 1870, ces deux filatures fusionnent pour former la Hochelaga Cotton Mills, entreprise à l’origine de la formation de la Dominion Textile en 1905.

Texte tiré du communiqué de presse; les tisserandes d’Hochelaga ont travaillé et vécu dans le quartier pendant plus de 100 ans. Elles sont à l’origine d’un des premiers mouvements de manifestation contre les conditions de travail dans le domaine du textile, ce qui démontre leur importance au sein de cette industrie. La grève de 1880, initiée par des centaines de tisserandes témoigne des difficiles conditions de travail et de vie des femmes, qui ont toujours constitué une part substantielle de la main-d’oeuvre des quartiers ouvriers comme Hochelaga. Ces femmes courageuses méritent que l’on se souvienne de leurs multiples sacrifices.

Fabrique de Coton Hochelaga
La fabrique de coton d’Hochelaga
Photo: L’opinion publique, Vol. 5, no. 9, pp. 101 (26 février 1874)
Des courageuses

Si vous remarquez bien, ces deux odonymes fraîchement nommés dans HoMa représentent très bien le quartier, la persistance de ceux qui y travaillent, du courage des femmes qui y ont habité et la résilience des Montréalais et Montréalaises de classe ouvrière. Ce sont ces femmes courageuses qui ont façonné des quartiers entiers en tant qu’ouvrière et mères qui en plus de travailler à l’usine, souvent en période de crise et de guerre, revenaient à la maison élever une famille.

Les noms des rues, des parcs et des espaces publics nous permettent de présenter l’histoire d’un quartier comme Hochelaga-Maisonneuve et d’une ville comme Montréal. Que pensez-vous de ces manchettes toponymiques?

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.