Repenser un carrefour

En milieu de semaine dernière, le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau, posait une question à ses contacts Facebook à propos d’un projet sur un carrefour important du quartier qui venait chercher l’urbaniste amateur et le Verdunois en moi en une seule et unique publication.

Le carrefour des rues Wellington, Woodland et du boulevard LaSalle est probablement un des coins les plus essentiels à Verdun. Se croisent les visiteurs et résidents âgés du centre d’hébergement du Manoir-de-Verdun, les clients qui viennent chercher une des meilleures pizzas à Montréal, les vélos qui se rendent sur la piste des berges et les familles qui vont passer du temps aux parcs Woodland et Beatty. Automobilistes, cyclistes et piétons doivent fraterniser tous les jours dans ce dédale de voies uniques.

Un peu d’urbanisme

Les rues de Verdun sont plus ou moins une grille, cinq axes collecteurs traversent toutes les avenues mineures. Dans le secteur entre les rues Beatty et Argyle, deux de ses chemins majeurs se rencontrent et donnent un croisement confus de feux de circulation. Il vous permet de rejoindre une de ses deux voies sans avoir à passer au travers de deux intersections à quatre coins. Quoiqu’efficace, cet entrelacement peut être mélangeant pour les automobilistes et hasardeux pour cyclistes et piétons qui doivent cohabiter.

Carrefour LaSalle-Wellington-Woodland
La rue Wellington et le boulevard LaSalle se croisent de façon bizarre.

Cette patte-d’oie sera repensée durant les prochains mois et le maire Parenteau s’est tourné vers ses abonnés pour avoir leurs opinions sur les deux propositions actuellement suggérées. Au moment d’écrire ce texte, plus de 250 commentaires ont été partagés et c’est probablement plus que n’importe quelle audience de l’Office de Consultation Publique de Montréal. La conversation particulièrement civile comporte peu d’insultes ou d’échanges malheureux et la plupart des participants y vont de leurs opinions intelligentes, un élément rare pour Facebook avouons-le.

Concept 1: Le carrefour giratoire
Suggestion de carrefour giratoire.
Suggestion de carrefour giratoire.

Datant de 1998, le premier giratoire à voir le jour sur l’île de Montréal se trouve dans l’angle du boulevard Alfred-Nobel à St-Laurent. Les Verdunois eux ne sont pas inconnus au concept avec deux exemples sur L’Île-des-Sœurs, avec le premier en 2003. C’est ce que la firme d’ingénierie Axor propose à l’arrondissement dans la refonte du carrefour.

Disons-nous les vraies affaires, la plupart des automobilistes québécois ne savent pas comment emprunter un carrefour giratoire. Populaire en Europe, le giratoire augmente en principe la sécurité des usagers en réduisant leur vitesse et en enlevant tout risque qu’un conducteur brûle son feu rouge ou son arrêt. Cette transition est aussi réputée pour améliorer la circulation, limitant ainsi le trafic à son minimum. Autre atout de cette option est de voir les parcs Woodland et Beatty prendre une certaine expansion. Loin d’être un îlot de chaleur, cette intersection pourrait tout de même être avantagée de l’ajout de verdure, rendant l’endroit plus attrayant pour les familles et ceux qui veulent simplement passer quelques heures à l’extérieur. D’un point de vue environnemental, il s’agirait aussi d’une amélioration par rapport à l’intersection traditionnelle, puisque les arrêts complets sont grandement réduits.

Les répondants Facebook en faveur de cette option mentionnent une inquiétude par rapport à la sécurité des plus vulnérables. Surtout avec le centre d’hébergement voisin où les résidents qui par leur état souvent fragile nécessitent canne ou marchette pourraient se sentir coincés du côté-fleuve. Les feux de circulation avec les secondes affichées sont un facteur de sûreté qui n’est pas négligeable pour quelqu’un ayant le pas ralenti. Si les passages piétonniers prioritaires sont bien présents dans l’arrondissement et majoritairement respectés, il aura fallu plusieurs années pour qu’ils deviennent une habitude bien ancré dans nos façons de conduire. Peut-être que ce genre de passage serait le moyen de faire, mais difficile à gérer si vous vous engagez dans un giratoire qui vous est inconnu.

Concept 2: Un style de vie
Tronquer Wellington
Un nouvelle espace de vie de quartier

Si dans l’alternative du giratoire, le boulevard LaSalle se voyait dévié, c’est Wellington qui se voit tronqué dans la deuxième. Plus conventionnelle, l’option présentée ici semble partir avec une longueur d’avance pour le maire de l’arrondissement. Offrant un espace de vie, le croquis présente en rouge des pistes cyclables et trottoirs en secteur propres ainsi que l’addition de stationnements pour remplacer ceux qui seront perdus sur rue après la reconstruction. Une alternative intéressante pour les résidents possédant une voiture entre Beatty et Argyle qui verront leur rue devenir qu’un trottoir.

Si l’option du giratoire mettait à l’avant-plan le besoin d’une circulation fluide, la deuxième offre plus un mode de vie différent où les piétons et vélos gagnent du terrain. Il est malheureux de ne pas voir autant d’espace vert, mais les berges restent tout de même un havre de détente très intéressant dans ce secteur. Mon opinion, le boulevard LaSalle est avant toute une voie «touristique» de la rue de l’Église jusqu’au port de plaisance de Lachine il y a peu d’habitations et de commerces. C’est un chemin que tu empruntes quand tu veux être zen avec le fleuve, admirer les parcs et les œuvres d’art en plein air. Ce n’est pas une autoroute et ne devrait pas être traité ainsi.

Facebook

Si en général la conversation est étonnamment civilisée, il y a le taouin qui en profite pour partager son point de vue politique avec le maire sans corrélation avec le sujet présenté. Mais ici, l’utilisation de Facebook pour prendre le pouls de la population est la bienvenue et plus de politiciens devraient lui faire appelé. Être élu c’est devoir répondre à tout le monde, même les morons qui n’ont pas compris que Facebook est une plateforme publique et que ça ne vous donne pas le droit à l’insulte facile.

Les travaux sont prévus pour le printemps 2019 et dureront probablement trop longtemps pour plusieurs et donneront sans l’ombre d’un doute des maux de tête pour les trois ou quatre commerces du coin. Peu importe le choix final, cette intersection qui semble en ce moment figée dans les années 60 se verra offrir une cure de rajeunissement grandement nécessaire qui l’apportera au 21e siècle.

Et vous, quel serait votre choix, l’option 1 ou l’option 2 et pourquoi?

Note du blogueur: Excusez notre absence des dernier mois, un déménagement qui m’a justement rapporté à Verdun après 10 ans d’absence et des changements importants dans la vie à l’extérieur du web ont fait que l’écriture d’article devenait difficile. Il y aura des changements sur le blogue, en premier lieu, vous verrez un peu plus d’articles légers comme celui-ci, mais les grands billets avec trop d’information, nos listes de «20 faits» et quelques rencontres seront aussi présents. Nous approchons des dix ans et nous ne sommes pas sur le point d’abandonner. 

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Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.