Quartiers Disparus, le livre

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Nous avons adoré l’exposition présentée au Centre d’Histoire de Montréal de 2011 à 2013 appelé Les Quartiers Disparus. Cette exposition nous lançait dans une nostalgie de quartiers qui malheureusement, pour des raisons « d’éthiques », de nettoyage et de renouveau de la ville ont laissé place à des endroits comme les Habitations Jeanne-Mance, l’Auto-stade et la Maison Radio-Canada. J’ai toujours été fasciné par ces expropriations pour en avoir parlé à mainte reprises sur le blogue. Alors, je ne pouvais pas rater la sortie du livre rappelant cette exposition.

le terme « grand dérangement » a été utilisé à plusieurs reprises dans les médias ces temps-ci au sujet de la Loi 3 et des employés gouvernementaux. Ce terme m’a frappé l’imagination et une petite journée de grève ne représente pas un « grand dérangement ». J’aimerais alors associer cette expression à la fin des années 60. Une période de vrais « grands dérangements » où des milliers de montréalais de quartiers ouvriers du Red Light, du Faubourg à m’l’asse et de Goose Village recevront une lettre, un avis du gouvernement les avisant qu’ils devront abandonner l’endroit où plusieurs ont grandi pour faire place à une amélioration urbaine. Se sont ces histoires que nous présente l’ouvrage de Catherine Charlebois et de Paul-André Linteau. Le livre qui se lit en quelques heures seulement se veut avant tout un coup d’oeil dans le quotidien des résidents qui aujourd’hui encore se souviennent d’événements de leur vie, mais qui malheureusement, n’y peuvent plus y retourner. S’asseoir dans les escaliers comme ils le faisaient quand ils étaient jeunes. Voilà ce que le livre nous donne la chance de revivre.

Avant la destruction de ces quartiers, les archivistes de la ville devaient cataloguer, rue après rue, maison après maison à quoi les pelles mécaniques s’attaqueraient prochainement. Je ne sais pas si c’est une curiosité morbide, la chance de laisser sa marque ou une simple innocence, mais les photos figées dans le temps, comptent des gens penchés à leur fenêtre, des enfants dans les rues ou dans le commerce du coin, comme si la vie continuait normalement, comme s’ils ne savaient pas que 50 ans plus tard, ces photos surgiraient des archives de la ville, pour être analysé et regarder par les montréalais d’aujourd’hui.

Histoire des résidents des quartiers disparus
Histoire des résidents des quartiers disparus

Pourquoi acheter ce livre? Le bouquin ne compte qu’un peu plus de 120 photos d’une collection qui en compte des milliers. Des images qui sont pour la plupart disponibles en ligne sur le merveilleux site des Archives de Montréal ou sur le compte Flickr. Le livre, écrit en gros caractères se veut plus un livre de table à café, un document que vos invités regardent le temps que vous ouvrez la bouteille de vin, ce n’est pas les Belles-Sœurs ou Bonheur d’Occasion et pourtant, j’ai dévoré le livre d’un bout à l’autre en moins de 2h. Rempli de ce qui est impossible à trouver sur le web, les auteurs ont pris le temps de parler à des anciens résidents de ces quartiers, d’écouter leurs histoires, leurs souvenirs. L’art du bouche-à-oreille disparaît peu à peu à chaque génération et ce document ramène exactement cette façon qui semble archaïques de partager notre histoire.

Le débat est encore bien vivant, certains de ces quartiers étaient dans un état de non retour, dans une ville moderne comme le Montréal des années 60, l’idée de voir des « bécosses » dans les cours arrières au lieu de résidences avec des connexions au réseau d’égout se voulait hors normes. L’idée de ghetto de gens pauvres se voulait une ancienne philosophie qu’une ville à l’aube d’un grand changement ne pouvait se permettre d’avoir. Ces expropriations se sont effectuées en bonnes intentions. Que vous soyez pour où contre, le livre ne vous permettra peut-être pas de juger sur le bien ou le mal que le « grand dérangement » a pu avoir sur la communauté, par contre, il vous permettra de voir comment la classe sociale ouvrière vivait au milieu du siècle dernier. Il est triste à voir Griffintown qui aurait pu être un superbe quartier moderne détruit par une série de mauvaise décision d’urbanisme, il est triste de voir le grand stationnement qui se vident de la Maison Radio-Canada par des coupures barbares d’un gouvernement fédéral plus intéressé par le pétrole que par la culture unique du Québec. Il est triste de voir un Costco là où se trouvait l’histoire des immigrants irlandais de Montréal. Notre ville était et est toujours une ville en grande évolution, des fois pour le meilleur, d’autre moment pour le pire. Mais « Quartiers Disparus » se voudra une belle référence à partager avec ceux qui veulent en savoir plus sur ce qu’était Montréal.

Photos typique des archivistes de la ville.
Photos typique des archivistes de la ville.

Voilà pourquoi le livre est un cadeau de Noël parfait pour le « Montréaliste » dans votre vie, pour l’amoureux de l’histoire et de la cause humaine ou pour la personne qui veut simplement en savoir plus sur comment était la ville pré-Expo. Si vous avez raté l’exposition associée du Centre d’Histoire de Montréal, je vous rappelle que leur site web offre une visite virtuelle en rétrospective. Petite note, oui je pointe le lien vers Amazon au lieu de Renaud-Bray ou Archambault qui pour le moment, ne sont pas dans mes bonnes grâces suite à leurs pratiques d’affaires. J’ai aussi une ristourne sur les ventes Amazon effectuées sur ProposMontréal. Je vous invite tout de même à encourager les libraires indépendants. Acheter ce genre d’imprimé dans une grande chaîne est peut-être une ironie majeure au sujet du livre après tout.

Bureau de relocalisation, vitoria town
Bureau de « relogement » lors du grand dérangement dans Goose Village

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Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l’histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.