Le retour en classe à Montréal.

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C’est le retour en classe cette semaine pour des milliers d’étudiants. France Gall chantait «c’est la faute à ce sacré Charlemagne», au Québec, on doit ce privilège à Sainte Marguerite Bourgeoys. Bon, d’accord, vous ne connaissez pas France Gall ou Marguerite Bourgeoys. Je ne vous aiderai pas pour la première, mais pour la deuxième, voici sa grande histoire dans un petit résumé.

Marguerite voit le jour à Troyes dans la région de Champagne en France le 17 avril 1620, en 1640, un an après la mort de sa mère elle quitte la vie bourgeoise que son père le lui avait alors laissé pour joindre la congrégation externe de Notre-Dame dans le couvent de Troyes. La mère supérieure de cette congrégation n’est nul autre que Mère Louise de Chomedey, sœur de Paul de Chomedey, . Ce qui la place à l’avant-plan de la colonisation du Nouveau Monde. Elle est présentée à Maisonneuve 1652 et pendant plusieurs années, elle tente avec la mère supérieure de convaincre Maisonneuve de les amener au Canada pour finalement le convaincre un an plus tard. La légende veut qu’elle ait eu la visite de la Sainte-Vierge lui donna sont absolution avant son départ lors d’une apparition

À l’âge de 33 ans, en février 1653, elle quitte la région de Champagne et touche terre au Québec en septembre de la même année avec comme mission première d’éduquer les enfants des colons. En 1657, elle fait construire la première chapelle de Montréal, la Chapelle de Notre-Dame-De-Bon-Secours qui tient encore debout aujourd’hui sur la Rue St-Paul. En 1658, elle peut finalement accueillir ses premiers étudiants dans une étable donnée par Sieur de Maisonneuve. Pour vous replacer, elle devait se retrouver non loin de l’intersection du Boulevard St-Laurent et de la Rue Le Royer. Un bas-relief se retrouve sur l’immeuble situé au coin sud-est de cette intersection en mémoire de ce premier établissement scolaire.

Elle effectue quelques voyages en France, un premier en 1658 pour aller chercher de l’aide avant l’arrivée des Filles du roi (article à venir sur ces dernières), dont elle aura la tâche de les préparer à leur futur rôle. En plus d’être la première éducatrice de Montréal, on pourrait peut-être dire qu’elle a aussi fondé la première agence de rencontre du pays. En 1670, elle retourne en France pour rencontrer Louis XIV et demander des lettres patentes qui lui sont accordées suite aux recommandations de Jean Talon. Une lettre patente est un document officiel du roi officialisant le statut d’une personne ou d’une compagnie. Il est possible de lire cette lettre plus bas. Cliquez pour agrandir.

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En 1676, elle fonde un pensionnat à Ville-Marie pour les familles plus nanties qui devaient envoyer leurs filles à Québec pour leur éducation, malgré ce nouvel établissement, ce sont les filles moins fortunées qui reçoivent la plus grande partie de Marguerite Bourgeoys. Elle fonde une école ménagère à Pointe-Saint-Charles et des écoles à Lachine, Pointe-Aux-Trembles, Batiscan et Champlain en y envoyant des compagnes de la congrégation de Notre-Dame pour les jeunes filles qui ne peuvent se déplacer à Montréal et même pour quelques filles amérindiennes. Alors âgée de 60 ans, elle entreprend sont troisièmes voyages en France. Elle revient bredouille n’ayant pas eu la permission par Mgr de Laval de recruter de nouvelles jeunes filles pour la congrégation de la Nouvelle-France.

Marguerite Bourgeoys utilisa la tour Ouest comme salle de classe.
Marguerite Bourgeoys utilisa la tour Ouest comme salle de classe.

Elle prend alors sa retraite en 1683, mais cette retraite sera sans repos pour Marguerite qui doit défendre ses compagnes de la congrégation de Notre-Dame contre une fusion forcée par Mgr Saint-Vallier aux Ursulines qui comme les Soeurs de Notre-Dame en France, vivaient cloîtrées. Grâce de l’aide des Sulpiciens, le 1er juillet 1698, en présence de Mgr de Saint-Vallier, Marguerite Bourgeoys et ses compagnes font des vœux simples, à la congrégation de Notre-Dame canoniquement érigée en communauté. Marguerite Bourgeoys s’appellera désormais sœur du Saint-Sacrement, nom qui résume les deux dernières années de sa vie de solitude et de prière. Ses compagnes peuvent maintenant porter le nom officiel de sœurs. En 1695, la maison-mère de la congrégation possède enfin une chapelle, grâce aux dons de Jeanne Le Ber. Une légende raconte qu’à l’âge de 69 ans fit la route entre Montréal et Québec, à pied, en plein hiver. Comme quoi Marguerite se voulait une héroïne sur tous les sens du terme.

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Sœur Catherine Charly une proche de Bourgeoys tombe grièvement malade, lors d’une prière demandant à son dieu de la prendre elle, vieille et maintenant inutile au lieu de prendre sœur Charly, un «miracle» se produisit. Le soir même de cette prière, Marguerite est frappée d’une fièvre sérieuse pendant que la plus jeune voit des signes d’améliorations. Quelques jours plus tard soit le 12 janvier 1700. Marguerite Bourgeoys, fondatrice de l’école montréalaise et protectrice des Filles du roi est apportée par la fièvre. Bourgeoys était avant-gardiste dans sa façon de penser. Elle fut une des premières à créer une communauté de «sœurs» non cloîtrées, séculières, contrairement aux sœurs traditionnelles comme celles de Notre-Dame en France ou les Ursulines ici. Au dire de celle=ci, «La Sainte Vierge na point été cloîtrée, mais elle a gardé la solitude intérieure partout, elle n’a jamais refusé de se trouver ou la charité ou la nécessité avait besoin de secours»

De nos jours, Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame se retrouvent aux quatre coins du globe, au Salvadaor, au Cameroun, au Honduras, au Japon et même au Guatemala, partout où de jeunes filles ont besoin d’une bonne éducation et de soutien. Elles comptent des établissements d’éducation au Québec bien sûr avec des exemples comme les Collèges Villa-Maria, Régina Assumpta et Marianopolis à Montréal, mais aussi dans des écoles du Japon et de New York. Je suis très loin d’être religieux, je l’ai souvent dit dans ce blogue, je suis un athée pur et dur, mais je me dois de rendre à César ce qui appartient à César. Nous nous devons en cette saison scolaire qui débute reconnaître ce que Marguerite Bourgeoys a fait pour l’éducation de Montréal en venant ouvrir sa première école dans une étable. Sainte Marguerite se verra béatifiée par Pie XII et finalement canonisée par Jean-Paul II. Depuis 2005, ses restes mortels ont été déposés dans un des autels de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, à quelques pas du Musée qui nous raconte sa vie.

Je tiens aussi à préciser que ce texte ne se veut qu’un résumé, un aperçu de ce que cette Grande Montréalaise d’adoption a fait pour notre ville et le Québec. Si l’histoire de cette humble dame vous intéresse, sachez que des dizaines et des dizaines de livres ont été rédigés sur Marguerite Bourgeoys, car encore aujourd’hui on peut ressentir son influence sur notre quotidien. Pour en savoir plus, je vous invite à visiter le site des archives de la Congrégation de Notre-Dame SUR archivesvirtuelles-cnd.org où vous pourrez retrouver plusieurs anciens documents, d’anciens manuels scolaires et une tonne d’information sur l’histoire qui a modelé le mode d’éducation québécois.

Et si vous n’avez pas encore compris ma référence à Charlemagne, la légende veut qu’il ait inventé l’école moderne.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.