PPU du quartier des gares, ça change quoi?

Le mois passé, je vous expliquais ce qu’était un programme particulier d’urbanisme et pourquoi le quartier des gares devait se doter d’un tel outil. Cette fois-ci, je vais faire de mon mieux pour vous déchiffrer ce que nous devrions voir changer au cours des prochaines années. Le PPU est divisé en grandes interventions physiques, la circulation, en voiture, en vélo, en transport en commun ou tout simplement à la marche, le parc Ville-Marie, le point central du nouvel aménagement et la disparition des terrains vagues et des stationnements hors terre.

Comme nous avons expliqué dans le billet précédent, le quartier n’est pas le plus accueillant à la circulation locale et n’a jamais vraiment été une destination. Le quartier des gares est depuis toujours rien de plus qu’une route de passage, un « no man’s land » pour les gens voulant se rendre ailleurs. Bien sûr, il y a le centre Bell, mais celui-ci est relativement nouveau dans le grand ordre des choses. Un nouveau partage de l’espace public, conçu pour répondre adéquatement aux besoins des différents modes de circulation, apparaît être une condition essentielle à la requalification et à l’attrait du quartier. C’est dans cette lignée que plusieurs rues verront leur géométrie changer pour laisser plus de place aux piétons et aux cyclistes. Peel, Saint-Antoine, Notre-Dame, Saint-Jacques, de la Gauchetière et de la Cathédrale verront des trottoirs et des rues élargies, laissant moins de place au stationnement sur rue. L’avenue des Canadiens se verra reconstruite avec des trottoirs à niveaux de rue comme nous pouvons voir sur la rue Notre-Dame à la Place d’Armes et les rues Ste-Catherines et Jeanne-Mance dans le quartier des spectacles. C’est 25 000 personnes qui a tous les soirs de matchs et de spectacles doivent emprunter cette rue et je ne vois pas une autre solution à la sécurisation des lieux, ce changement sera le bienvenu pour tous.

Prenons l’exemple de la rue Saint-Antoine. Cette dernière devrait se transformer et voir une circulation à double sens avec trois voies en direction ouest et une voie vers l’est ainsi qu’une rangée de stationnements. La rue Saint-Jacques, des Jardins Windsors à la rue Peel, présentement à sens unique pourrait-elle aussi se voir déroutée en rue à double sens. En plus d’être élargie, elle verrait une piste cyclable en site propre faire son apparition. Ce lien cyclable est-ouest reliant une nouvelle piste nord-sud sur Robert-Bourassa et Peel se voudra sûrement la bienvenue pour la quantité importante d’étudiants dans le secteur en plus de relier le centre-ville avec la piste du Vieux-Montréal et de Griffintown. Il est important de noter que le quartier ne compte aucune piste cyclable et avec la grande quantité de nouveaux résidents sur le point d’y aménager, Montréal doit rendre l’expérience vélo plus agréable si l’on veut qu’il soit adopté rapidement. La sécurité des piétons est aussi mise de l’avant avec l’amélioration de 14 intersections dotées de passages piétonniers. Reste à savoir si ces derniers les utiliseront.

Proposition d’aménagement de la rue Saint-Jacques, entre les rues Peel et Jean-D’Estrées
Proposition d’aménagement de la rue Saint-Jacques, entre les rues Peel et Jean-D’Estrées

La circulation sur route doit être totalement repensée dans ce secteur où le trafic est dépendant de l’heure de pointe. Le matin, les gens entrent dans le quartier, l’après-midi, ils en sortent, rien de bien compliqué. Mais tout est sur le point de changer, avec l’arrivée prochaine de centaines de nouvelles résidences, la circulation sera tout aussi occupée dans les deux sens. Il ne faut pas oublier non plus que les instances gouvernementales font des pieds et des mains pour convaincre les gens des différentes couronnes d’emprunter les trains de banlieue qui arrivent de toutes les rives vers ce petit quartier. Sa popularité est toujours en croissance et c’est de plus en plus de congestions sur des rues qui ne sont pas nécessairement prêtes à la surcharge. Le PPU va jusqu’à prendre en considération la venue prochaine d’un nouveau moyen de transport léger de type tram-train ou train léger qui de facto devra passer par ici étant sa destination finale. Ce changement devrait éliminer près de 2 000 passages d’autobus de son réseau.

Le stationnement si cher à tant d’entre nous écopera aussi. Selon le document, le quartier possède 3 770 places de stationnement, dont 770 extérieures qui se verront remplacées par des espaces souterrains avec l’élimination de terrains vacants qui servent de stationnements. Des 910 places sur rues avec parcomètres, seulement 41 disparaîtraient pour faire place à l’élargissement des trottoirs ou à la mise en place de transports alternatifs. Le stationnement serait plutôt épargné si les plans se concrétisent. La mise en place du transport guidé sur rail pourrait venir brouiller les cartes.

Le transport en commun est ici un des points importants du PPU. Le quartier des gares est bien couvert avec l’accès à plusieurs stations de métro et de terminus. Le tramway qui se veut pour l’instant, qu’un fantasme de politiciens, pourrait emprunter deux axes importants, soit la rue Peel ou le boulevard Robert-Bourassa selon l’approche à sa sortie du Pont Champlain II. La rue Peel nécessite un changement entier de sa géométrie, le boulevard R-B est en ce moment en pleine réfection avec la destruction de l’autoroute Bonaventure. Ce serait donc le moment parfait pour y penser et l’inclure à cette entrée importante de la ville. Pour ce qui est du métro, la présence de la station Lucien-L’Allier qui est plutôt discrète en ce moment pourrait être revue et corrigée. Ouvrir l’édicule à la lumière naturelle et offrir une plus grande emprise sur le futur parc Ville-Marie.

Parc Ville-Marie
Parc Ville-Marie

Justement, voici probablement le point le plus important de ce plan, le parc Ville-Marie. Plus ou moins en ligne avec l’autoroute du même juste en dessous restreins la construction sur ces terrains qui pour la plupart appartiennent déjà au ministère des Transports du Québec. L’agriculture urbaine étant à la mode, le parc est censé laisser plusieurs espaces pour des jardins communautaires déjà très populaires à Montréal. Ce type de parc est aussi repris à plusieurs endroits à Montréal, en plus petite échelle, pensons à la promenade Luc-Larrivée qui a permis une revitalisation de ce coin d’Hochelag’. Les « risques » sont quand même grands de voir ce genre d’endroit être transformé rapidement avec l’itinérance à Montréal étant une situation que les autorités aiment balayer sous le tapis. Le réaménagement du square Viger, du square Cabot et de la place Émilie-Gamelin ont forcé plusieurs sans-abri à se relocaliser. Il faut aussi comprendre que les futurs résidents qui viendront s’établir dans le quartier ne seront pas les plus pauvres non plus et ce nouvel espace vert pourrait être une belle destination pour ces résidents de la rue. Malheureusement, le PPU n’effleure même pas de ce point.

Parlons finalement de toutes les constructions prévues lors de la prochaine décennie dans ce quartier, la raison derrière la nécessité pour un plan particulier d’urbanisme. Au moment d’écrire ces lignes, ce sont cinq grandes constructions qui sont démarrées ou juste sur le point de l’être, le Rocabella, L’Avenue, la tour Deloitte et les tours des Canadiens I et II.

Les bâtiments en bleus sont en construction ou prévus pour le Quartier des Gares
Les bâtiments en bleus sont en construction ou prévus pour le Quartier des Gares

Voulant attirer un certain type de nouvelles constructions, il devient important de revoir la carte des hauteurs limites pour le quartier. Je vous expliquais dans un billet passé cette règle souvent incomprise du programme d’urbanisme de la ville centre. Ce PPU vient en modifier le contenu sans, heureusement, dénaturer la raison première pour Montréal a mettre en place cette carte des hauteurs. Comme il est difficile de dire non à des investissements de plusieurs milliards de dollars d’argent tiré du privé. Une petite modification est apportée au sud de l’amphithéâtre pour faire place au développement par Cadillac-Fairview de ce qu’ils appellent le Quad Windsor. Une nouvelle zone de hauteur intermédiaire est introduite entre les rues de la Montagne, Saint-Antoine, Peel et Torrance, passant de 120 m a 170 m. Le Quad Windsor est constitué des Tours des Canadiens et de la tour Deloitte déjà terminée, mais s’y ajouterons aussi les deux tours du 750 Peel, gratte-ciel LEED Platine, offrant 1,2 million de pieds carrés de bureau côté triple A et les trois tours du 600 Peel qui ajoutent 1,5 million de pieds carrés de commerces, de condos et de maisons de ville.

Le Quad Windsor de Cadillac Fairview
Le Quad Windsor de Cadillac Fairview

Je suis content de voir que le logement abordable n’a pas été totalement mis de côté dans ce dédale de grandes tours de verres aux lignes esthétiques. Comme le document explique, c’est un défi de plaire à tout ce beau monde. Le PPU réserve à cet effet deux îlots précis à l’implantation de coopératives d’habitation, le coin sud-ouest des rues Saint-Antoine et de la Montagne ainsi qu’au nord de la rue Notre-Dame entre de la Cathédrale et de l’inspecteur. La cote de densité du coin nord-est de Saint-Jacques et de la montagne passera de 6 à 9 pour ainsi faire plus de place pour un troisième projet de résidences locatives. Le bâtiment Ignace-Bourget situé au 1 230 de la Montagne et qui appartient à la Commission scolaire de Montréal pourrait facilement reprendre sa vocation d’école si le besoin s’en faisait sentir. Aller à l’école aux côtés de clubs à la réputation douteuse et de bar n’est peut-être pas la solution première pour une éducation saine.

En conclusion, ce PPU vient clarifier les intentions de la ville pour ce nouveau quartier des gares. Je ne sais pas si Montréal essaie d’éviter les dérapages qui ont transformé Griffintown. Cet ancien quartier ouvrier avait la chance de devenir le nouveau secteur à la mode de Montréal, rien de moins que le nouveau Plateau. Au lieu d’un quartier branché où il fait bon vivre, on se retrouve avec une série de condos sans âme, relativement laids, qui ne viennent en rien ajouter à la trame urbaine. Le Griffintown actuel se fout de son passé ouvrier et irlandais, je crois même que la pauvre Mary Gallagher va devoir se relocaliser à sa prochaine apparition. Avec ce programme d’urbanisme, le quartier des gares s’assure que le passé, le présent et le futur de ses rues peuvent vivre en harmonie. Maintenant, il ne s’agit que de pouvoir l’appliquer et de ne pas se laisser marcher sur les pieds et pour ça, ça prend un vouloir politique qui malheureusement est une denrée rare à la mairie depuis plusieurs mandats.

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.