MBAM et son nouveau Pavillon

Musée, n.m. (latin museum, temple des Muses, du grec mouseîon). Lieu, établissement où est conservée, exposée, mise en valeur une collection d’œuvres d’art, d’objets d’intérêt culturel, scientifique ou technique. Il est donc bizarre de voir cette merveilleuse institution qu’est le Musée des Beaux-Arts de Montréal prendre pignon sur la rue Bishop avec leur nouveau pavillon. Pourquoi est-ce bizarre? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de terrain vacant où construire ce nouvel édifice!

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En 1860 l’Art Association of Montreal est fondée et monte quelques expositions itinérantes et ce, jusqu’en 1877. C’est au décès de Benaiah Gibb, homme d’affaires et mécène montréalais, où ce dernier lègue une grande collection d’œuvres importantes, un immeuble donnant sur le square Phillips et une petite fortune pour le transformer en galerie d’art. Ce sera les débuts du « Art Gallery of the Art Association of Montreal ». Ce musée fut le premier bâtiment canadien fait exclusivement pour présenter des œuvres de grands maîtres, l’ancêtre du Musée des Beaux Arts de Montréal. Ce n’est pas avant 1912 avec le don une fois de plus d’un riche anglophone, James Ross, homme d’affaires, Président de la AAM et un des principaux actionnaires du Canadien Pacifique, que le Musée prendra place où on le connaît maintenant rue Sherbrooke. Petite note historique intéressante, le superbe château que fit construire M. Ross rue Peel en 1892 est encore debout et appartient à l’université McGill et est plus connu sous le nom de Chancellor Day Hall.

Carte Postale; est. 1932
Carte postale; est. 1932

Le Pavillon Michal et Renata Hornstein datant de 1912 ne sera pas agrandi avant 1976 avec l’ajout du Pavillon Liliane et David M. Stewart qui est probablement à ce jour, le Pavillon le moins connu vu sa situation géographique hors de vue de la Rue Sherbrooke. David M. Stewart fut entre autres, le fondateur du Musée Stewart et le pavillon qui porte son nom contient une collection d’œuvres décoratives et de mobiliers ancien lui ayant appartenu et donné au Musée à son décès. En 1991 nous voyons l’inauguration du Pavillon Jean-Noël-Desmarais qui est probablement le bâtiment le plus reconnu par les visiteurs. Création de l’architecte Moshe Safdie (Habitat 67). Ce pavillon, en plus de montrer un modernisme éclatant avec sa grande devanture en verre conserve une touche du passé en intégrant parfaitement la devanture de l’hôtel-appartement New Sherbrooke qui prenait place où le pavillon est maintenant. L’intégration est tellement réussie que cette construction gagne un prix de l’Ordre des Architectes du Québec. Finalement, plus près de nous, le MBAM tient à convertir l’église Erskine and American United datant de 1893 et transforme le monument en Pavillon Claire et Marc Bourgie dédié à l’art Québécois et Canadien ainsi qu’en salle de spectacles à l’acoustique superbe située dans la nef de l’église.

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Il est donc facile à voir que le MBAM, tout au cours de son histoire et de ses différents agrandissements a su conserver l’historique des lieux qu’il s’appropriait de belle façon. Le Golden Square Mile est probablement après le Vieux-Montréal l’endroit où l’histoire est à son taux le plus élevé. Il faut donc une erreur de jugement majeure pour qu’une institution muséale telle que le MBAM efface l’histoire, dont son rôle premier est de conserver. Pourtant, c’est ce que nous sommes sur le point de voir.

Aujourd’hui, tout comme en 1877 quand Benaiah Gibb donne sa collection et un immeuble à l’AAM, Michal et Renata Hornstein, de grands philanthropes montréalais liés depuis des décennies à l’essor du Musée et dont le pavillon original de 1912 porte fièrement le nom ont offert une collection d’une valeur de 75 millions de dollars à l’institution. C’est rien de moins que 80 œuvres de maîtres anciens qui auront besoin d’une place importante. Une bourse de plus de 18 millions pour la construction d’un nouveau pavillon rue Bishop est accordée lors du dernier budget de l’empire des libéraux en 2012. Ce pavillon devrait voir le jour à temps pour le 375e de Montréal en 2017. Autour du Musée, les terrains vacants sont plutôt rarissimes, il faudra donc se retourner vers une autre reconversion.

En avril 2013 est annoncé les gagnants du concours pour le design du pavillon #5 et la lourde tâche revient alors au consortium Manon Asselin architecte + Jodoin Lamarre Pratte architectes. Comme je disais plus tôt, ce pavillon prendra pignon sur la Rue Bishop, plus précisément aux 2075 et 2085, juste au sud de Sherbrooke, derrière le Pavillon Desmarais. Le nouvel immeuble, portera le nom de Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein. Michal Hornstein, après avoir été capturé par l’armée allemande durant la Deuxième Guerre mondiale, réussi à se sauver du train qui le transportait vers Auschwitz et se cache un peu partout en Tchécoslovaquie avant d’immigrer au Canada en 1957 où il fonde la compagnie immobilière Federal Construction Ltd. M. Hornstein est un grand Montréalais méconnu de 93 ans qui a fait beaucoup pour la culture à Montréal avec ces œuvres de philanthropie envers le MBAM et crée entre autres la Chaire Michal et Renata Hornstein en chirurgie cardiaque de l’Université de Montréal et de l’Institut de Cardiologie de Montréal. En juin 2013, M. Hornstein, est nommé Grand officier de l’Ordre National du Québec.

Malheureusement, voilà où mon malaise commence. Le design du nouveau pavillon se veut moderne, la collection Hornstein est sublime, d’une valeur historique immense et voilà que le MBAM s’apprête à faire un de ces premiers faux pas en plus de 150 d’histoire. Au lieu de s’intégrer à leur entourage, de préserver l’histoire de ce quartier datant d’une autre époque, pour faire place au Pavillon pour la Paix, ils devront mettre à terre deux maisons de pierres grises construites vers les années 1895-1900. Ironie du sort, le pavillon qui prendra place sera lui aussi construit en pierre grise Montréal, un clin d’œil à celles que l’on doit déplacer peut-être.

Montage: Guillaume St-Jean, Montréal Avant-Après
Montage: Guillaume St-Jean, Montréal Avant-Après

Deux bâtiments inhabités, à quoi ça sert de crier haut et fort sur leur disparition, « ils » ont démoli des quartiers entiers pour construire le Montréal que l’on connaît aujourd’hui. Il faut penser qu’avec le temps, à coup de deux ou trois petites façades, ces disparitions s’additionnent et sur 25 ou 50 ans, l’histoire de notre architecture risque de disparaître un peu plus. Je sais que je semble parler un double discours, après tout, ne suis-je pas celui qui en avril 2012 se réjouissait de voir les maisons en rangées disparaître de la rue St-Laurent juste au nord du Monument National? Je disais que certaines personnes aimaient vivre au passé et je tiens toujours à cette opinion. La différence ici est la raison de la démolition, ces immeubles ne sont pas dangereux, laissez à l’abandon et la rue Bishop se veut un exemple parfait du Montréal historique. Construit plus ou moins au même moment, les maisons de la Rue St-Laurent ont été basées sur une construction « cookie cutter » sans âme. La prochaine fois que vous passerez dans ce coin, faites le détour et dites-moi ce qui mérite le plus d’être sauvé, le Café Cléopatre ou les maisons en rangée de pierre grise de l’Architecte Joseph-Henri Bernard? Construire quelque chose de beau et moderne tout en conservant la beauté du vieux sans tomber dans la façadisme. Un de mes endroits préférés à Montréal représente exactement ce genre de dilemme, la Ruelle des Fortifications du Centre du Commerce Mondial en est un bel exemple où les façades historiques ont tout simplement été recouvertes d’une superbe grande verrière pour en faire une galerie marchande de toute beauté.

Je dois avouer, j’adore le design du nouveau pavillon du Musée des Beaux-Arts de Montréal, sa construction sera certainement d’une grande qualité et l’utilisation de texture comme la pierre grise, le verre et le bois feront du bâtiment quelque chose à voir et visiter. Malheureusement, j’aurais toujours en mémoire ces deux petites maisons de trois étages qui représentaient bien le Montréal cossu du tournant du siècle dernier. Je suis quand même désappointé par le manque de discussion à ce sujet et j’espère fortement qu’ils pourront en sauver quelques éléments pour les intégrer à la nouvelle construction, question de passer le flambeau avec un peu de respect.

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.