L’Homme de Calder

Photo: David Eppen
Photo: David Eppen

Le débat fait rage depuis longtemps, mais il est apparu dans les médias que depuis un an environ. La question est la suivante, devons-nous déménager Man, Three Disks (L’homme), l’oeuvre d’Alexander Calder?

La ville a besoin d’avoir une oeuvre d’art centrale ou les locaux et les touristes peuvent se rejoindre, un point central, un peu comme le « Cloud Gate » de Chicago, ce genre de fève géante polie qui se retrouve dans le Millennium Park. Cette oeuvre de l’artiste britannique Kapoor est probablement une des sculptures modernes les plus photographiés aux États-Unis. Ce n’est pas les oeuvres publiques qui manquent à Montréal et pourtant, ces endroits publics n’attire pas les foules à l’extérieur des travailleurs de bureaux sur leur heure de dîner un chaud midi de juillet.

L’exemple la plus flagrante de sculpture publique qui se veut également un point de rencontre est surement « La Joute » de la place Jean-Paul Riopelle dans le Quartier International mais l’endroit est souvent désert à l’exception de quelques touristes prenant des photos de cette superbe fabrication de Riopelle. Nous pouvons également le Monument Sir George-Étienne Cartier dans le Parc du Mont-Royal où vous pouvez assister aux fameux tam-tams les dimanches d’été.

La raison première de la demande de déménagement, rendre « L’Homme » plus accessible. Mais est-ce vraiment nécessaire? Par exemple, la croix du Mont-Royal, l’icone qui trône sur notre Mont-Royal est sûrement une des « oeuvres » les plus en vue et les plus connues de Montréal, peu de gens se rendent à son socle. Je mets le mot « oeuvre » entre guillemets, car je ne crois pas que la Croix soit considérée comme une oeuvre d’art public. Les gens ne s’y rendent pas simplement parce qu’il n’est pas nécessaire d’être au pied pour l’admirer, la Croix, tout comme L’Homme, a besoin d’un certain recul pour l’apprécier.

Man, Three Disks (L’Homme) est un don de l’International Nickel Company of Canada lors de l’expo 67. La compagnie demande à l’artiste américain Alexander Calder (1898-1976) de créer une oeuvre avec le thème de terre des Hommes. Calder crée donc ce stabile de 21.3 mètres de hauteur entièrement de feuille d’acier inoxydable varient de 8 à 12mm dans l’atelier de Biémont à Tours en France. La maquette originale est aussi visible au public, dans la collection de Museum Of Modern-Art of San Francisco. « Man, Three Disks » est inauguré en mai 1967, lors du 325e anniversaire de Montréal, originalement installé entre le Lac des Cygnes, le Pont de la Concorde et le Pavillon de la Scandinavie. Situé sur la pointe sud, il y restera jusqu’en 1991.

Avant son premier déménagement, « Man » reçu quelques modifications. Les plus importantes interventions furent réalisées dès que l’oeuvre arriva par bateau de France. le métal attaqué par l’air salin présentait des taches brunâtres. On nettoya l’oeuvre au jet de sable, ce qui donna à l’oeuvre le teint mat encore visible aujourd’hui. En 1991 l’oeuvre est déménagé d’un seul morceau vers son endroit actuel faisant face à Montréal au lieu de faire face à l’île Notre-Dame. Même la capsule historique contenant les plans et les notes de l’artiste installée sous le socle de l’oeuvre est déménagée pour être ouverte qu’en 2067. En 1992, l’oeuvre est nettoyé et est re-inauguré pour fêter le 350e de Montréal. Le gouvernement fédéral du moment aura déboursé 22 millions pour le déménagement du stabile et l’aménagement du Belvédère de l’île Sainte-Hélène.

D’un poids de 40 tonnes et d’une valeur approximative de 50$ millions, L’homme de Calder se veut le joyau de la collection d’art public de Montréal et il est facile de comprendre que certaines personnes aimeraient la rendre plus accessible. Mais est-il nécessaire de vouloir déménager cette oeuvre à tous les 25 ans? Le déplacement de « La Joute » de Riopelle du Parc Olympique à son endroit actuel dans le Quartier International, dans un square portant le nom de l’artiste a dû faire face à beaucoup de résistance en 2002. À ce moment, les héritiers de l’artiste, la ville, le gouvernement du Québec et le Musée d’art Contemporain de Montréal, propriétaire de l’oeuvre approuve sa relocalisation.

La joute de Riopelle, avant et après
La joute de Riopelle, avant et après

Même si je crois que « Man » est à la bonne place, mon opinion n’est pas très importante et n’est pas la raison de mon billet, beaucoup de textes discutent du débat en ce moment. Ce qui est important est de faire connaitre la collection de la ville de Montréal qui reste assez inconnue aux citoyens de la ville. J’espère que les discussions de déménagement mettrons à l’avant plan quel richesse culturelle nous avons à porté de main sans avoir à se cloîtrer dans un musée. Et si nous changeons cette sculpture d’endroit, comment seront nous où aller danser lors des prochains Piknic Électronique?

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.