Le pont et la rue May

Pont Provencher Roy

Nous avons eu une bonne dose de manchettes sur le futur Pont Champlain ou Pont sur le St-Laurent comme Infrastructure canada aime l’appeler en ce moment. Une structure relativement réussie à hauban et à trois tabliers dont un pour le transport collectif. Dans les maquettes et sur vidéo, le futur pont est très beau, reste à savoir si en réalité les coins ne seront pas coupés et si cette structure deviendra l’icône dont les gens demandaient.

La réception est plutôt positive, par contre, certain questionnements se posent, que se passera-t-il si un véhicule tombe en panne, est-ce qu’il y aura des voies de débordement? Comme le blogueur Richard3 mentionne, la logistique lors des travaux, éventuellement nécessaires, pourrait être assez compliquées. Je suis certain que tous ces détails ont été pensés et calculés. Les architectes locaux de Provencher Roy + Associés auront une place importante aux côtés de la firme de l’architecte du Danois Poul Ove Jensen, expert en ponts, Dissing+Weitling à qui l’on doit les Ponts Stonecutters de Hong-Kong, Great Belt Link au Danemark et le merveilleux South Queensferry Bridge d’Écosse. Vous connaissez Provencher-Roy, ils sont partout à Montréal déjà, le Pavillon d’Art Québécois et Canadien du MBAM, la Maison des Marins du Musée de la Pointe-à-Callière, le Planétarium et le Stade Saputo pour ne nommer que ceux là. Nous pouvons donc dire que le design est entre bonnes mains. Il reste à savoir lequel des consortiums de construction gagnera cet important contrat, connaissant les expériences récentes, comme celle du CUSM par exemple, c’est à cette étape que la transparence sera nécessaire et à laquelle les observateurs seront rivés. Le transport en commun, les pistes cyclables et piétonnières et les belvédères d’observation semble être des détails qui reflètent bien le Montréal actuel et à ça, je m’en réjouis.

L’autre nouvelle tombée dans les dernières heures se veut l’expropriation des résidents de la rue May à Verdun. Rue qui sera littéralement rayée de la carte d’ici la fin de 2015 pour faire place à l’élargissement de l’autoroute 15, avec plus ou moins 16 résidences à exproprier, la petite rue fera place à une troisième voies de circulation. Si vous avez déjà emprunté le Pont Champlain actuel, vous savez que la circulation difficile n’est pas sur le pont, mais en aval de ce dernier. Entre Décarie et la structure, l’autoroute 15 passe de deux voies, à trois dans Turcot, retour à deux avant Atwater, pour finalement, revenir à trois voies sur le Pont de l’île des Soeurs. C’est ce changement constant de configuration qui cause en grande majorité l’important trafic du Pont Champlain. Sauf, quand un véhicule tombe en panne, le pont est habituellement facile à traverser, mais s’y rendre, peut être plus compliqué.

Rue May, Verdun.
Rue May, Verdun.

C’est là que le débat de société entre en jeu, l’expropriation de quelques résidents peut-il être justifié pour le bien du reste de la population? Ces coquettes maisons bâties entre 1900 et 1918 sont aujourd’hui plus que centenaires et certaines d’entre elles auraient besoin d’un petit coup de pinceau. Là où le bas blesse pour moi est que les gens du gouvernement, vont racheter ces résidences à prix habituellement concurrentiel sans être exagéré et ce, sans demander la permission aux résidents, dont certain sont locataires et ne verront pas un sou de cet argent. Pendant ce temps, les militants « citoyens » vont venir s’en mêler, pancartes à la main, encore une fois, sans demander la permission aux résidents qui pour la majorité, peuvent être en faveur de l’expropriation. Selon l’article de La Presse ce matin, la plupart n’étaient même pas encore au courant de la situation. C’est ce débat gauche-droite qui pose une question relativement difficile à répondre et qui ouvre chez plusieurs observateurs, quelque chose de profond. « Est-ce que l’expropriation d’une très petite partie de la population peut se faire pour le bien de la collectivité? » Voilà une question dont je suis assez heureux de ne pas avoir à répondre moi-même.

Rue May, Verdun
Rue May, Verdun

L’expropriation à Montréal est une denrée plus rare que par le passé, les Ponts Champlain, Mercier, Jacques-Cartier ont tous été érigé aux détriments de déménagements forcés de plusieurs milliers de résidents de l’île de Montréal. La construction de la Maison Radio-Canada a même fait disparaître un quartier tout entier, le Faubourg à m’l’asse. Griffintown ou Goose Village (autoroute Bonaventure et l’Autostade) sont des exemples désastreux d’expropriations d’immigrants italiens et irlandais fraîchement débarqués. Sans compter des parties importantes de Notre-Dame-de-Grace pour Décarie, Pointe-St-Charles, St-Henri, Ville-Émard et Verdun pour Turcot, la 15 et le Pont Champlain, même les Habitations Jeanne-Mance déplacerons des centaines de gens pauvres pour laisser place à des centaines de gens pauvres. Plus près de nous, l’expropriation du 780 St-Rémi faisait les manchettes dans l’actuel Projet Turcot ou des locataires, pour la plupart des artistes se voyaient montrer la porte par le gouvernement du Québec. Vous remarquez une tendance dans les villes et villages que j’ai nommé? Avez-vous vu Westmount, Town of Mount-Royal ou Hampsted?

Faubourg à m'l'asse. Photo Archives de Montréal.
Faubourg à m’l’asse. Photo Archives de Montréal.

678 logements, 12 épiceries, 13 restaurants, huit garages et une vingtaine d’usines disparaîtront pour faire place à la tour de Radio-Canada dans le Centre-Sud. On est loin des 16 résidences de la rue May de Verdun, mais pour certain résidents, le stress et le changement forcé ne reste pas moins difficile à avaler.

Le futur pont est maintenant plus concret, on sait à quoi il ressemblera et on sait que quand les démolisseurs approches, que le projet avance. Les voies et les ponts de contournements commencent à prendre formes dans le coin de l’Île des Soeurs et des décisions sont prises. Le pont sera payant et je doute de voir de mon vivant un train léger sur rail y faire son chemin. Que vous soyez en accord ou non avec ces décisions, c’est un signe que le projet n’est pas pris dans le trafic, du moins, pour le moment.

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.

2 Comments

  1. levraiRichard3
    29/06/2014

    C’est sans compter les quelque 1200 unités de logement qui furent sacrifiées pour l’avènement de l’autoroute Ville-Marie vers l’est, avènement que l’on attend toujours! Quitter le centre-ville vers l’est – via la bonne vieille rue Notre-Dame – était une sinécure à l’époque où je livrais des denrées alimentaires, il y a quelques années, et la chose ne s’est sûrement pas améliorée depuis!

    Une expropriation, ça peut être carrément chiant, mais c’est supposé servir à quelque chose qui améliorera la situation de toute la collectivité; voir son logement démoli pour être remplacé par du gazon, et aucune amélioration pendant plus de 40 ans, c’est tout simplement décourageant!

    On se demande pourquoi cela fait des années – voire des décennies – que Montréal croule sous les bouchons de circulation, et les heures de pointe qui se prolongent continuellement. La réponse est pourtant simple; Montréal, qui est la 15e plus importante agglomération en Amérique du Nord, est la seule, parmi les 15, à ne pas avoir de véritable autoroute périphérique! Une voie de contournement qui fasse que quiconque n’a pas affaire dans le grand Montréal puisse contourner l’agglomération dans son ensemble. Depuis l’ouverture du dernier tronçon de l’A-30, il ne manque pas grand chose – deux traversées – pour compléter une telle périphérique, mais je crois que je ne vivrai pas suffisamment longtemps pour les voir réalisées de mon vivant!

    Dans les faits, le réseau autoroutier du grand Montréal est une oeuvre inachevée! Selon les principes de numérotation des autoroutes du MTQ, une autoroute qui porte un numéro à trois chiffres est complémentaire d’une autre, à un ou deux chiffres; par exemple, l’A-640 est complémentaire de l’A-40. Or, une autoroute à préfixe impair (5, 7, 9) rejoint son autoroute principale à l’une de ses deux extrémités, et une autoroute à préfixe pair (4, 6, 8) doit rejoindre l’autoroute principale à ses deux extrémités. Voyons voir ce qui en retroune dans les faits.

    L’autoroute 640 se connecte à l’est, mais à l’ouest, elle se termine dans le parc d’Oka! L’A-440, à Laval, ne touche pas du tout à l’A-40! L’A-19, qui devait soulager l’A-15, vers les Laurentides, devient la route 335 à Laval, et on ne voit pas d’amélioration avant 2020! L’A-13, qui devait se prolonger vers le nord jusqu’à l’aéroport de Mirabel s’arrête net à l’A-640, et aucun plan pour la prolonger! Quant à la rive-sud, juste le fait d’indiquer que la dernière traversée date de 1967 – ce qui lui donne seulement 47 ans – nous montre bien que le réseau aurait grandement besoin d’être mis à jour.

    Mais nous pouvons compter sur nos bons représentants politiques pour arranger les choses! Évidemment!

Les commentaires sont fermés.