La création d’un quartier

La revitalisation du quartier Griffintown se fait par-dessus plusieurs décennies d’histoire. Le quartier a connu ces belles années au 19e siècle en tant que quartier ouvrier. Tout comme le Plateau d’aujourd’hui, le Faubourg-des-Récollets était un endroit ou les travailleurs irlandais se retrouvaient entre eux, une sorte de ghetto de cols bleus. La rue de la Montagne reste un bel exemple de ce qu’il était possible d’y trouver. L’histoire du quartier n’est pas la raison de ce billet d’aujourd’hui. Mais Griffintown a déjà existé et tel un phoenix, il est sur le point de renaître de ces cendres.

Mais, est-ce possible de créer un quartier de toute pièce ? Montréal a plusieurs exemples d’essais et d’échec de création de quartiers. Je vais me permettre de mentionner quelques bons et mauvais modèles.

Le Triangle. CDN-NDG.
Le nom d’un quartier représente souvent les gens et leur histoire. Si je dis “Le village” peut importe d’où vous êtes à Montréal, vous savez que je parle du Village gai. St-Henri n’est pas un arrondissement en lui-même, vous serez quand même capable de me pointer ce secteur sur une carte. Cependant, si je vous demande de me dire où est le Triangle pourrez-vous le faire ?

Le triangle est campé entre les rues Mountain Sights, de La Savane et la voie ferrée du Canadien Pacifique au sud. Vous retrouverez donc ce secteur à l’est de l’hippodrome et de l’autoroute Décarie au coeur de l’arrondissement de Côte-des-Neige et Notre-Dame-de-Grâce.

Le site web officiel vend un développement basé sur le transport en commun (ou TOD, Transit Oriented Development). En étude depuis 2005 et officiellement dévoilé en 2009. Le Triangle se veut un exemple tiré du Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal qui malheureusement, aujourd’hui encore, ressemble plus à un « no man’s land » où les édifices à bureaux et les maisons jumelées et jumelées, se suivent sans harmonie et sans logique d’urbanisme. Il faut bien croire qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour que la vision que nous avons aujourd’hui du secteur Namur-Jean-Talon ressemble finalement un jour à ce que nous pouvons voir dans ce vidéo d’introduction.

Cité-de-la-Mode. Ahuntsic-Cartierville
Le concept a été lancé au milieu des années 2000 de redorer le blason de l’ancien quartier Chabanel. L’industrie de la mode ayant façonné ce quartier dès les années 30 et ce pendant presque 70 ans. L’ouverture du marché international dans le monde du textile est venue transformer les friperies et les designers de ce coin de la ville. Les édifices très brutalistes et très industriels se sont mis à se vider suite à plusieurs faillites des compagnies de l’industrie.

C’est alors que le plus grand gestionnaire immobilier du coin, le Groupe Dayan, a décidé de se lancer dans une aventure de 17 millions avec la ville centre pour recréer un espace de création et de design. Trottoirs plus large, un peu plus de verdure et un nouveau mobilier urbain, la rue Chabanel s’est refait une beauté pour attirer les investisseurs et les locataires. Même cet investissement privé ne change pas que nous pouvons voir des cartons et des planches de bois en guise de rideaux dans les façades des bâtiments des rues voisines, le nouveau Chabanel se veut prometteur, néanmoins, les “sweat-shops” restent encore omniprésent. Ce ne sera pas demain que nous reverrons la Semaine de la Mode de Montréal au coin de Chabanel et de l’Esplanade.

Bois-Franc, St-Laurent
Franchement et personnellement, je n’aime pas le quartier Bois-Franc dans l’arrondissement de St-Laurent, c’est tout ce que je n’aime pas dans la banlieue, mais, ce trouvant en plein sur l’île à quelques minutes du centre-ville. Il est facile de comprendre l’attirance pour ce coin de la ville et c’est pour ça que dans les trois exemples que j’ai donnés dans ce billet de blogue, c’est le plus réussi. Bois-Franc est situé juste au sud du boulevard Henri-Bourassa et juste à l’est de Cavendish ce quartier bâtit de toute pièce n’a aucune historique attirant, aucun cachet, sans personnalité et ne contient pas vraiment d’avantage sauf un terrain de golf et un style de vie qui plaît à beaucoup de gens.

Au beau milieu d’un quartier industriel et commercial, les maisons se vendent bien et à des prix pas toujours abordables. Quand vous entrez dans les rues toutes neuves, vous avez l’impression d’être dans un « gated-community » américaine, loin du trafic et des bruits de la ville. Les maisonnettes et les condos ont été tous construits par deux ou trois constructeurs, d’où leur ressemblance. Je ne doute pas qu’il fait bon y vivre et qu’il y a beaucoup d’avantages. Il est presque terminé, les promesses ont été respectées, le quartier apporte beaucoup de nouvel argent en taxes foncières et ayant une valeur immobilière plus élevée que la moyenne, il sert à garder certaines familles à revenu élevé sur l’île. C’est la raison pour laquelle, malgré la tournure sarcastique de mon texte, je considère ce nouveau quartier réussi.

Une partie du quartier Bois-Franc

En conclusion, il est possible de créer des quartiers tout entiers, que ce soit la transformation du nouveau quartier des Spectacles ou encore la nouvelle vision du Quartier latin. L’Île-des-Soeurs n’est-elle pas elle-même l’exemple d’un quartier qui lors de son annexion à la Ville de Verdun en 1956 n’était rien d’autre que des champs? Je ne veux pas m’avancer pourquoi certains comme la cité de la mode ou le triangle tarde à prendre leur envol, mais, une chose est certaine, j’aime bien de la façon de la ville se transforme en ce moment et Griffintown est, je l’espère, le début d’un temps nouveau !!!

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.