La coupe Stanley ratée de 1919

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Quand le gouverneur général du canada, Lord Frederick Stanley, a imaginé son trophée en 1892, il imaginait une compétition ouverte aux différentes ligues de hockey. En 1915, la Pacific Coast Hockey Association et la Ligue nationale de hockey se sont entendues pour que leurs champions respectifs s’affrontent pour le titre et la seule et unique coupe Stanley. 

La finale de la Coupe Stanley de 1919 se voulait une série revanche de 1917.  L’année où Seattle devient la toute première équipe américaine à soulever le trophée en quatre matchs contre le Club de Hockey des Canadiens de Montréal. 

Les Metropolitans de Seattle et les Canadiens de Montréal.
Les finalistes de 1917. Les Metropolitans de Seattle et les Canadiens de Montréal.

Le système des séries était légèrement différent. Ce n’est qu’en 1923 qu’il est devient courant pour les deux équipes d’accueillir chacun leur tour des matchs pendant l’éliminatoire. Au moment de notre histoire, tout se déroule à Seattle avec les deux ligues s’étant mises d’accord pour permettre à une équipe de recevoir l’événement.

Le premier match est sans équivoque avec une victoire frappante de 7 à 0 des Metropolitans. Trois jours plus tard, l’entraîneur-joueur de Montréal Newsy Lalonde fait bouger le fond du filet à quatre reprises dans une victoire de 4-2 lors du deuxième match. Seattle rebondira avec une autre écrasante victoire de 7-2 dans le troisième match.

Le quatrième affrontement se veut sans merci. Les gardiens Georges Vézina pour le CH et Hap Holmes pour les Mets gardent le pointage 0 à 0, et ce malgré deux prolongations. 

Jack McDonald marque à 15:50 de la prolongation pour donner le cinquième match à Montréal par un pointage de 4 à 3. Après deux joutes très serrées, tout est en place pour le sixième et ultime match de cette finale. 

Le match ultime

Le match numéro six est prévu pour le 1er avril 1919, trois jours après la victoire des Canadiens en prolongation. Seattle est grandement favori ayant eu des victoires écrasantes contre l’équipe montréalaise. De plus, durant ces jours de repos, plusieurs des joueurs de Montréal sont frappés par une grippe qui s’est rapidement propagée dans l’équipe.

La Presse 2 avril 1919

Si la plupart des joueurs ont finalement récupéré à temps pour participer au sixième match Jack McDonald, héros lors de la dernière partie et le défenseur vétéran Joe Hall ont dû être emmené à l’hôpital avec une fièvre sérieuse. 

Six heures avant la mise en jeu, les responsables de la santé de Seattle mettent fin au match avant même que celui-ci ait débuté. Le virus de la grippe espagnole est virulent et les craintes de contagions sont immenses autant pour les joueurs que pour les spectateurs.

George Kennedy, gérant et propriétaire de l’équipe de Montréal, renonce à la série et déclare forfait en faveur de Seattle. Cependant le joueur et gérant des Metropolitans, Pete Muldoon, refuse d’accepter le titre dans des circonstances aussi désastreuses.

« Les matchs en prolongation de la série ont mis à rude épreuve la vitalité des joueurs au point qu’ils sont en mauvaise posture pour lutter contre une maladie comme la grippe. Cependant, les Canadiens reçoivent les meilleurs soins, des infirmières et des médecins y sont présents en tout temps et toute autre attention est portée aux joueurs frappés. »

Montreal Gazette, 2 avril 1919.

Bad Joe Hall

Alors que la grande majorité des joueurs se sont rétablis de la grippe relativement rapidement, l’état de Hall n’a fait qu’empirer. Alors doyen de la ligue nationale. Le britannique, Joseph Henry « Bad Joe » Hall décède à l’âge de 38 ans à l’hôpital de Seattle le 5 avril des suites de complications d’une pneumonie liée à la grippe espagnole.

Le défenseur droitier a remporté trois fois la coupe Stanley au cours de sa carrière avec les Thistles de Kenora (les Thistles??), les Bulldogs de Québec au cours des saisons 1911-12 et 1912-13 en plus de celle de 1916 avec le club montréalais. Durant son séjour à Québec, il a développé une sérieuse rivalité avec l’attaquant vedette des Canadiens de Montréal, Newsy Lalonde.

Lorsque la Ligue nationale de hockey s’est formée à la mort de l’Association nationale de Hockey en 1917, l’équipe de Québec a d’important problème financier et décide de ne pas jouer la saison suivante. Ses joueurs seront alors offerts aux quatre clubs de la LNH restants.

Hall se retrouvera avec ses anciens adversaires et sous l’entraîneur Newsy Lalonde avec qui il se liera d’amitié. Il sera intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1961.

Joe Hall en uniforme
Joe Hall

George Kennedy

George Kennedy est également décédé des suites de la maladie deux ans plus tard, le 19 octobre 1921. Il était le deuxième directeur général de l’histoire des Canadiens, succédant à Jack Laviolette de 1910, et ce jusqu’à sa mort.

Kennedy est reconnu pour avoir adopté le logo légendaire encore utilisé aujourd’hui par l’équipe de Montréal, le fameux CH. Il gagnera une coupe Stanley avec l’équipe en 1916 en vainquant les Rosebuds de Portland (les Rosebuds ??). 

Myrtle Kendall, la veuve de Kennedy vendra l’équipe à Léo Dandurand, Joseph Cattarinich et Louis Letourneau pour 11 500 $. Équipe qui, 100 ans plus tard, est évaluée à 1,34 $ milliards. 

Le club de Hockey des Canadiens de Montréal de la saison 1918-1919.
Le club de Hockey des Canadiens de Montréal de la saison 1918-1919.

Quand l’Histoire se répète

La finale de la coupe Stanley de 1919 et le lockout des propriétaires de la saison 2004-2005 restent pour le moment les seules fois où le trophée de Lord Stanley n’aura pas été décerné. 

J’espère pour la santé de tous que l’histoire ne se répétera pas en 2020. On ne voudrait pas perdre Shae Weber.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet, Martin n'était même pas né à l'époque de 99% des sujets discutés de ce site. Il aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.