Herb Trawick, l’autre vedette de 1946.

Si le baseball a brisé sa barrière raciale en 1946, une autre de ses barrières tombe la même année à Montréal. L’équipe Montréalaise au sein de la Interprovincial Rugby Football Union (qui deviendra la CFL en 1959), le Montreal Rugby Football Club, surnommé les Alouettes, signe le colosse de 230 livres et 5’10 » Herb Trawick de l’University de Kentucky State.

Leo Durocher et Jackie Robinson
Léo Durocher et Jackie Robinson

L’histoire de Jackie Robinson est quand même relativement connue. La biographie de Robinson est digne d’un script hollywoodien, c’est l’histoire d’un afro-américain qui perce les tabous en signant un contrat des ligues majeures de baseball avec les Dodgers de Brooklyn. Robinson est envoyé en 1946 au club-école des Dodgers pour débuter une carrière à l’extérieur du «negro league» et cette équipe c’est nos Royaux de Montréal. Peut importe, Montréal est toujours dépeinte par Robinson comme une ville accueillante et ouverte aux minorités. Pour vous replacer dans le contexte de 1946, Rosa Parks ne défiera pas les autorités de Montgomery avant 1955. Martin Luther King Jr ne récitera pas son «I have a dream» avant 1963 et il faut attendre jusqu’en 1979 pour voir le premier noir à la télé québécoise.

En 1946, l’homme d’affaires Léo Dandurand et l’entraineur-chef Lew Heyman fondent ce qui deviendra les Alouettes de Montréal. Dandurand a été propriétaire du Club de Hockey Canadien, un des cosignataires des règles du hockey sur glace encore utilisées en grande partie aujourd’hui et propriétaires de l’Hippodrome de Montréal. Le New Yorkais Heyman est entraineur des Argonauts de Toronto de 1933 à 1941 et après la guerre se joint à Dandurand et quelques investisseurs pour fonder l’équipe de Montréal. L’équipe jouera ses matchs locaux au Stade Delorimier qu’ils partagent avec les Royaux. Les deux hommes voyant l’engouement des Montréalais autour de l’affaire Robinson qui n’a même pas encore joué un seul match décident en février 1946 de signer un certain américain d’une université du Kentucky, Herbert Trawick.

Né à Pittsburgh en 1921, Trawick obtient son diplôme en éducation physique de l’université de Kentucky State en 1942 et est joueur de ligne de l’équipe de football. Après un séjour au sein de l’armée américaine il est approché par Heyman pour joindre le nouveau club au Canada. À l’époque, les circuits qui deviendront respectivement la NFL et la CFL ont environ le même pouvoir d’attraction et Trawick signe un contrat de 1600$ par année avec les Alouettes. L’arrivée de l’américain ne fait malheureusement pas l’unanimité dans la ligue, des équipes comme Toronto et Ottawa menacent un boycott des matchs contre Montréal, menaces qui seront rapidement retirées. «J’ai dit à l’organisation des Argonauts de faire ce qu’ils voulaient, pour moi, ce serait les deux points les plus faciles de ma carrière» raconte plus tard Lew Heyman sur les menaces de son ancienne équipe.

Photo: Temple de la Renommée du Football canadien.
Photo: Temple de la Renommée du Football canadien.

Les Alouettes gagneront leur première Coupe Grey en 1949 grâce, entre autre, aux prouesses du joueur de ligne. Habituellement une position où les joueurs sont plutôt incognitos, Trawick devient tout de même une vedette dans l’équipe et son agilité malgré sa taille surprends à chaque match. Il sera 12 ans dans la CFL, toutes à Montréal. Il adopte la ville autant que la ville l’a adopté et y déménagera de façon permanente recevant sa citoyen canadien en 1953. Il participe à quatre finales de la coupe Grey et est désigné sept fois à l’équipe d’étoiles. En 1975, il est intronisé au temple de la renommée de la Ligue Canadienne de Football, celui du sport du Québec et celui de Kentucky State University. Il décédera à Montréal en 1985.

Photo: Temple de la Renommée du Football canadien.  Chapeau signé par les Alouettes de 1949 suite à leur victoire de la coupe Grey
Photo: Temple de la Renommée du Football canadien.
Chapeau signé par les Alouettes de 1949 suite à leur victoire de la coupe Grey

Les honneurs pour le joueur ne s’arrêteront pas la. En 1994, la ville de Montréal nomme en son nom le parc au coin de l’Avenue Lionel-Groulx et de la rue Richmond dans le quartier de la Petite Bourgogne de l’arrondissement de St-Henri. Les Alouettes retireront finalement son numéro 56 lors d’une cérémonie d’avant match en 1995.

Parc Herb-Trawick
Parc Herb-Trawick

Tout comme son compétiteur au nord de la frontière, la NFL signera ses premiers joueurs en 1946. En 1950, Earl Loyd sera le premier joueur noir dans la NBA et il faut attendre à 1958 pour voir Willie O’Ree être rappelé par les Bruins de Boston de la LNH du club-associé, les As de Québec. Comme quoi, même s’il est vrai que les Québécois peuvent parfois paraître sur la défensive face à ce qu’ils ne connaissent pas, le québécois moyen est ouvert sur la diversité depuis très très longtemps. À sa façon, il a aidé à faire tomber les barrières de la ségrégations raciales en participant à l’ouverture de trois sports importants.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.

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