Graffiti Montréal, 2e partie.

Dans la première partie, je dois dire que j’y suis allé un peu fort avec mon accusation de vandales. Voyez-vous, la plupart des taggeurs que vous croisez sur les murs de la ville sont en effet des vandales, mais plusieurs d’entre eux sont également des artistes en devenir. Tout comme on peut se permettre d’appeler un participant de Star Académie un ou une artiste, on a donc le droit d’appeler ainsi un jeune homme qui utilise les murs de son quartier comme canevas pour passer son message, son inspiration. Il y a une certaine ironie qu’au même moment que j’écris ces lignes s’ouvrent au Centre des Sciences de Montréal une exposition sur la Grotte de Lascaux où, il y a 20 000 ans, des Cro-Magnons utilisaient les murs de leur grotte pour imager leurs exploits, passer un message à ceux et celle qui pourraient tomber sur leurs fresques. Voyez-vous, l’Homme avec un grand H a toujours voulu passer ces messages et le graffiti aujourd’hui n’est pas si loin de ce que nos ancêtres peuvent avoir fait avant sur les murs de cavernes.

Que ce soit pour des raisons politiques, sociales ou tout simplement pour partager des talents artistiques, le graffiti originalement associé au monde hip-hop de New-York est aujourd’hui devenu un style artistique de lui-même. Plusieurs ont commencé à faire ces tags affreux avant de passer à un niveau supérieur, throw-up, blow-up, burner et murale ne sont que des étapes à suivre pour avoir une reconnaissance de ses pairs, mais aussi de la société en général. Aujourd’hui Montréal à des dizaines, voir des centaines de murs décorés d’art faient à la « can de peinture », à l’aérosol. Le graffiti fait dans les règles de la rue, mérite autant d’attention que certain mouvement culturel, littéraire et artistique. L’inconvénient c’est qu’il y a des rebelles parmi les rebelles, les règles non-écrites de la rue sont assez simple à suivre. Ne jamais s’en prendre aux résidences privées, aux véhicules personnels, lieux de culte et respecter la hiérarchie du « street art ». Mais voilà, il n’est pas trop difficile à croire qu’une sous-culture qui a démarré d’une anarchie sociale ne soit pas nécessairement ouvert à avoir et encore moins suivre des règles.

Que ce soit pour des raisons politiques, sociales ou tout simplement pour partager des talents artistiques
Que ce soit pour des raisons politiques, sociales ou tout simplement pour partager des talents artistiques

Il est donc important de faire la différence entre les vandales et les artistes, malheureusement, un vient souvent avec l’autre et la ligne les séparant peut être vraiment mince, voir inexistante. Qu’est ce qui fait la différence entre un tag vulgaire fait par un « kid » d’Hochelaga ou Bansky, qui avec son pochoir sur un de vos murs peut littéralement faire augmenter le prix de votre propriété de plusieurs dizaines de milliers de dollars. L’artiste britannique est reconnu partout sur la planète pour avoir grimpé l’art du graffiti social à un niveau presque populaire. Ces oeuvres sur canevas se vendent des millions de dollars par les plus grandes maisons de ventes aux enchères tel que Sotheby’s. Pourtant, dans un exercice intéressant, l’artiste, dans un brillant subterfuge, a ouvert un kiosque de rue dans Central Park, parmi des dizaines d’autres vendeurs de rue, vendant ces canevas pour 60$ chacune. Or, à la fin de la journée, seulement 420$ d’amasser. L’exercice est brillant quand maintenant on sait qu’une de ces toiles peut rapporter dans un encan, plus de 150 000$, comme quoi l’art est souvent relatif à celui qui le regarde.

Franchement, nous sommes bombardé jour après jour par des publicités sur les murs, sur les autobus, sur les chantier de construction. Il est difficile de s’en sauver et je crois que je préférerais voir des graffitis, même de qualité moyenne, que de voir de la publicité partout. Voilà un argument que beaucoup de graffiteurs utilisent pour justifier leurs dessins. Le graffiti reste un art de rébellion, le punk de Londre ou le Hip-Hop de New-York n’ont-ils pas débuter de la même façon dans le monde de la musique? Il n’est pas rare de voir des artistes s’amuser avec leurs « opresseurs » prenons l’exemple du « writter » Anglais Mobstr qui a même tenu une conversation avec les autorités de la ville de Newcastle qui ont mordu à l’hameçon de façon assez comique. L’artiste ayant tout simplement peint un mur de façon cavalière en écrivant au pochoir « Come on paint me white again », pour voir son souhait réalisé par la ville anglaise, à ce que l’artiste simplement répondit… « Ennuyeux »

Artiste: Mobstr, Newcastle, UK.
Artiste: Mobstr, Newcastle, UK.

Mais quel est le lien avec Montréal. Je vais donner l’exemple de l’artiste Roadsworth dont j’ai parlé régulièrement ici qui s’est fait arrêter en 2004 pour vandalisme et est inculpé pour 53 chefs d’accusation de méfaits. Ses pochoirs étaient, selon la ville de Montréal, un danger au public et son travail a été comparé au simple tag que l’on peut malheureusement voir partout sur les murs de la ville. L’arrestation a fait boule de neige rapidement et Gibson, le vrai nom de l’artiste, est relâché. Aujourd’hui, Roadsworth est un artiste respecté, pas aussi populaire que Bansky, mais qui néanmoins, 10 ans plus tard a permis, je crois sincèrement, à la ville de Montréal de s’ouvrir les yeux à ce type d’expression.

Pour empêcher la prolifération des tags, une des solutions les plus fabuleuses est de commander une fresque pour vos murs qui attirent les tags indésirables. Montréal offre donc en 2014 un projet pilote pour encourager cette façon de faire. Nous sommes alors assez loin de la ville qui en 2004 faisant les manchettes pour avoir mis à l’amande un artiste de rue. Suite à l’apparition de nombreuses murales au cours des dernières années. La Direction de la Culture et du Patrimoine de Montréal veut contribuer à en hausser la qualité et la pérennité. Ce projet pilote d’art mural contribuera à combler le retard de la Ville de Montréal en matière, sans négliger les enjeux de propreté et d’intervention sociale qui y sont lié depuis plusieurs années. Avec un budget de 200 000$ le projet qui prend fin aujourd’hui même malheureusement offre une contribution financière pouvant atteindre les 2/3 de la valeur de la pièce.

Murale sur le mur de la Old Brewery Mission.
Murale sur le mur de la Old Brewery Mission.

La ville a financé plusieurs nouvelles murales plein mur embellissant à moindre coût les rues de la métropole, il est presque impossible de ne pas se promener dans les rues sans en croiser plusieurs, il m’est par contre totalement impossible de toutes vous les mentionner il y en a tellement. Le Boulevard Saint-Laurent a un Festival d’Art Public depuis 2013 où il encourage des muralistes qui, pour la plupart ont commencé en faisant des throw-up sur les murs de leur quartier. L’an passé, 35 murales ont vu le jour grâce à cette occasion unique de prendre possession d’un mur entier. Artistes locaux et internationaux ont créé de gigantesques murales uniques qui redéfiniront « la Main » pour l’année à venir. Voici le portrait des artistes de cette première édition, leurs oeuvres peuvent être admirées dans leur version finale sur le Boulevard Saint-Laurent à toute heure du jour et de la nuit et ce, gratuitement, un musée à air ouvert.

[su_carousel source= »media: 2571,2570,2569,2568,2567,2566,2565,2564,2563,2562,2561,2560,2559,2558,2557,2556,2555,2554,2553″ limit= »30″ link= »image » target= »blank » width= »580″ height= »260″ items= »1″]

La première partie de ce reportage était sur le tag vandale et cette fois-ci je discute de l’opposé du spectre avec des murales pleins murs qui embellient la ville. L’image de la cité est en plein changement de ce côté, en 2013, le magasine Complex a nommé 3 « pieces » de la métropole dans son top 25 de l’année, toutes trois produites durant le Festival mentionné un peu plus haut. Comme quoi, nous prouvons encore une fois qu’à Montréal, nous sommes capables du meilleur comme du pire, même dans la communauté du graffiti et de l’art de rue.

sthenri

Commentaires

Écrit par :

Amoureux de Montréal, fasciné par l’histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet. Martin aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.