Fish et Manhattan

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Disons que les Québécois sont plutôt sensibles aux histoires de guerre. Nous pouvons citer la crise de la conscription de 1917 en exemple. Mais du coup, nous pouvons aussi mentionner plusieurs participations importantes de la Belle Province aux conflits armés.

Les volontaires canadiens-français ont joué un rôle important tout au long des différentes grandes guerres. Comme en témoignent les actions menées à Dieppe par Les Fusiliers Mont-Royal, en Italie ce sera le Royal 22e Régiment qui se démarquera ou encore les poussées aux Pays-Bas du Régiment de Maisonneuve.

Montréal

La toponymie de la ville regorge d’exemples qui nous rappellent les différentes guerres. Que ce soit le parc de Vimy ou La Poudrière, un quartier de Verdun qui nous remémore la participation de centaines de femmes travaillant dans les usines de la « British Munition Supply Co. »

L'usine de la British Munition Supply de Verdun en 1916
L’usine de la British Munition Supply, Verdun, 1916
Photo: Bibliothèque et Archives Canada, 3370955

C’est mon devoir aussi de mentionner les milliers de jeunes Montréalais et Montréalaises qui ce sont battu sur les terres ennemies ou qui ont servi d’infirmières et d’infirmiers pour ceux qui en avaient besoin peu importe leur allégeance. Montréal était très bien représenté durant tous ces conflits.

Comme nous avons discuté avec le texte sur la participation de Montréal dans le projet MK Ultra de la CIA américaine. sortez vos chapeaux de papier aluminium. L’adepte de la théorie de conspiration en moi vous annonce que, « Fish et Manhattan » ce n’est pas un nouveau film policier, mais deux contributions secrètes, voir obscures, de Montréal durant la Deuxième Guerre mondiale.

Le projet Manhattan

Même avant le déclenchement de la guerre en 1939, un groupe de scientifiques américains, dont plusieurs étaient des réfugiés de régimes fascistes Européens était préoccupé par les recherches sur les armes nucléaires menées en Allemagne nazie. En 1940, le gouvernement américain financera son programme de développement nucléaire très secret, baptisé « The Manhattan Project. »

Les scientifiques travaillent à la production des matériaux essentiels à la fission nucléaire, l’uranium 235 et le plutonium PU-239. Pendant ce temps à Los Alamos une équipe dirigée par J. Robert Oppenheimer modifie ces matériaux en une bombe atomique exploitable. Dans la matinée du 16 juillet 1945, le projet Manhattan organisa son premier test réussi d’un dispositif atomique, une bombe au plutonium, sur le site d’essai de Trinity à Alamogordo, au Nouveau-Mexique.

La première bombe nucléaire, 1945
Gadget, la première bombe nucléaire, Los Alamos
Photo: US Department of Energy

Pendant ce temps

L’effort de recherche se monte majoritairement sur deux fronts, un en Angleterre et un autre chez nos voisins du sud. L’inconvénient de l’uranium naturel est qu’il contient très peu (0,7 %) d’uranium 235, l’élément radioactif le plus propice pour produire de l’énergie nucléaire, mais principalement (99 %) de l’uranium 238 qui n’est pas fissile et c’est sur ce que travail les Britanniques.

Je suis loin d’être un scientifique nucléaire, mais pour vulgariser les recherches anglaises, si l’uranium 235 peut être séparé de l’uranium naturel, il pourrait être employé comme explosif très puissant. (Sérieusement, je n’ai aucune idée de ce que je viens d’écrire, mais ce n’est pas très important à notre histoire)

Le laboratoire de Montréal

Craignant pour leurs recherches, les anglais jugèrent bon de déménager leurs pénates aux États-Unis, d’abord ouverts à l’idée. Pendant les discussions, les recherches américaines firent de bonds de géants et l’aide britannique est maintenant, un peu moins alléchante. Utilisant la raison que des scientifiques de pays conquis étaient parmi l’équipe anglaise, ceux-ci se virent refuser l’accès et on se tournera vers le Canada pour créer un groupe Canado-Britannique.

Avec l’approbation du premier ministre Mackenzie King et plusieurs discussions avec les É.-U., une équipe de chercheurs anglais et canadiens s’installèrent à Montréal, d’abord sur la rue Simpsons dans une résidence de l’université McGill et quelques mois plus tard dans un laboratoire nouvellement construit de l’aile ouest du bâtiment principal de l’Université de Montréal.

L'Université de Montréal
L’Université de Montréal, 1948.
Photo: BAnQ E6,S7,SS1,P66470

Le laboratoire de Montréal n’est pas directement relié à la fabrication de la bombe, mais a plus la mission de comprendre la réaction et déterminer les masses critiques nécessaires pour que la réaction se multiplie de façon exponentielle (le boom).

Chalk River

Les recherches effectuées à Montréal sont très concluantes et donneront naissance au réacteur ZEEP (Zero Energy Experimental Pile) de Chalk River situé au nord-ouest d’Ottawa du côté ontarien et sur les limites québécoises. Mais surtout, avec une technologie encore instable, ce réacteur est loin d’un centre métropolitain important comme Montréal. Le laboratoire ouvert depuis un peu plus de deux ans y déménagera pour une dernière fois.

Malheureusement, les quelque 340 chercheurs ne savent pas tous sur ce qu’ils travaillent. Par souci de sécurité, les différents laboratoires du Manhattan ne sont pas au courant des travaux de tout et chacun. Plusieurs d’entre eux apprendront l’ampleur des avancements dans leur domaine quand le bombardier B-29 américain laissera tomber son cargo sur Hiroshima le 6 août 1945 à 8 h 15 tuant entre 90 000 et 146 000. Personne n’aurait douté qu’il y a avait un peu de nous autres là-dedans.

Laboratoire nucléaire de Chalk River
Le laboratoire de Chalk River, Ontario.
Photo: Commission canadienne de sûreté nucléaire

Opération Fish

La deuxième opération secrète est, je vais l’avouer, un peu plus légère. Du moins en contexte et non en poids parce qu’ici, on parle de lingots d’or, 1 500 tonnes de lingots d’or pour être plus précis.

Au milieu de 1940 et comme nous avons mentionné, l’invasion de l’Angleterre était une possibilité. L’armée allemande est sur la côte française et les Pays-Bas et la Belgique étaient déjà tombés aux mains des nazis. La France est sur le point de capituler, les nazis défilant à Paris en juin 1940. Pour aggraver les choses, l’Italie venait d’entrer en guerre en se joignant aux forces de l’Axe.

L'or britannique à Liverpool
L’or à Liverpool avant son départ vers Halifax
Photo: Martins Bank Limited

Winston Churchill autorisera alors l’Opération Fish qui consistera principalement à déménager l’or saisi l’année précédente pour payer les efforts de guerres et les titres financiers anglais. L’objectif premier était que si l’Angleterre tombait aux mains des nazis, Churchill dirigerait à partir de Montréal et avec l’or avec lui, pourrait se procurer les armes nécessaires pour combattre les forces adverses.

Le déménagement

Le HMS Emerald quitta le port de Greenock en Écosse pour traverser l’Atlantique en direction du port d’Halifax avec une cale rempli de lingots d’or. Sept jours plus tard, les navires HMS Revenge, HMS Resolution, HMS Enterprise et HMS Bonaventure ainsi que trois paquebots convertis pour l’armé seront chargés des titres financiers et de plus de 1 500 livres d’or en direction de la colonie.

L'Or sur le HMD Emerald au Port de Halifax
Lingots d’or dans les boîtes de poisson sur le HMS Emerald.
Photo: Imperial War Museum

L’opération se fera dans le plus grand des secrets, la première cargaison cachée dans des caisses de bois étiqueté avec la mention « Fish » sera transférée dans un train en direction de Montréal où le directeur de la banque du canada David Mansur attendait son homologue de la Bank of England qui déclara avec une bonne poignée de main, « J’espère que notre visite impromptue ne vous dérangera pas trop, mais nous avons une cargaison importante de poisson »

Quelques jours après l’arrivée du premier envoi en juillet, Mansur fait construire une voûte antivol de 18,3 m2 et de 3,4 m de haut. La difficulté consistait à trouver de l’acier en temps de guerre et ce sont 3,2 km de voies ferrées abandonnées découverts dans Griffintown qui fournira prêt de 870 rails pour renforcer les murs de ciment de presque un mètre d’épaisseur.

Voûte de l'édifice Sun Life
La voûte actuelle sous l’édifice Sun Life.

Des appareils de capture sonores situés au plafond du coffre-fort rapportent tout son au-dessus d’un murmure et deux personnes avec des codes indépendants sont nécessaires pour ouvrir la porte de trois tonnes. La voûte est gardée 24 h sur 24 par des membres de la gendarmerie royale du canada. Malheureusement, cette espace a été démolie et remplacé par le stationnement souterrain.

À Montréal

L’or prendra la direction de la banque du canada à Ottawa où plusieurs tonnes sont déjà gardées depuis environ 1 an, les titres d’une valeur de plus de 230 milliards de dollars en dollars d’aujourd’hui,

Pendant ce temps, les quelque 5 000 employés de la Sun Life n’ont jamais soupçonné ce qui était stocké sous leurs pieds. Rappelons le, l’édifice à cette époque, était le plus grand bâtiment commercial du Commonwealth.

L'Édifice Sun Life
L’édifice de la Sun Life à Montréal
Photo: BAnQ, 0004745319

Malgré de mauvaises expériences datant de la Première Guerre mondiale où la couronne perdra quelques tonnes d’or et malgré la participation de milliers de personnes à l’opération. Fish est resté secret jusqu’après la guerre et aucune pièce d’or ou de sécurité n’a disparu par vol ou par accident.

80 ans plus tard, ce genre de transaction pourrait se faire en quelques cliques de souris. Le monde n’est pas susceptible de revoir une telle cargaison de poisson.

Bonus: L’écrasement du Liberator

Pendant que nous sommes sur le sujet, notre plus récente vidéo de la série « Saviez-vous que » se passe justement durant la Deuxième Guerre mondiale, mais touchera beaucoup plus proche que vous ne le croyez. Saviez-vous qu’un Bombardier s’est écrasé en plein Griffintown le 25 avril 1945? Et en passant, veuillez vous abonner à notre chaîne Youtube.

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Amoureux de Montréal, fasciné par l'histoire de la ville, son urbanisme et sa toponymie, ni historien ni spécialiste du sujet, Martin n'était même pas nés à l'époque de 99% des sujets discutés de ce site. Il aime trouver des réponses aux questions qui sont posées. Les billets que vous lisez ne sont que les résultats de la quête vers des réponses et le besoin de partager.